—Moi aussi, cher monsieur, j’ai beaucoup estimé le professeur di Toma qui était un galant homme et un vrai savant.

Ainsi, tous deux, chacun à sa façon, avaient exprimé exactement la même pensée.

Angelo continua:

—Quand j’ai entrepris ce voyage, ma mère m’a dit: «Va porter au professeur Wallers la dernière pensée de ton père.» Et je me suis fait un devoir de m’arrêter à Pont-sur-Deule... On eût dit que je sentais, à l’avance, votre bonté... Et, quand vous êtes venu devant moi, dans la gare, je vous ai dit: «Ah! faites-moi cette faveur!... Que je vous embrasse!...» Merci à Dieu! moi, pauvre étranger, j’avais deviné en vous un second père...

La candeur de ce discours désarma l’ironie de Claude. Il pensa que l’Amalfitain—des barons Atranelli—devait être vaniteux, exubérant, mais bon diable. Évidemment, il n’avait aucun sentiment du ridicule. Il étalait ses affections de famille sans fausse honte.

On passa dans la salle à manger. Madame Wallers prit le bras du filateur et Marie celui d’Angelo.

A table, Claude dut s’asseoir près d’Isabelle, tandis que Marie était à l’autre bout, entre Wallers et M. di Toma.

A peine assis, il regretta d’être venu, la gorge serrée, l’estomac contracté, le cœur pesant et douloureux. Il n’avait pas faim. Tout et tous lui étaient insupportables.

Il regarda Marie avec rancune... Elle répondait par des monosyllabes aux phrases de son voisin; elle était pensive, triste, pâlie par les nœuds roses de son corsage, et beaucoup moins belle que sa triomphante cousine. Claude en fut un peu consolé. Il aurait voulu que Marie devînt laide, pour que nul homme, excepté lui, ne la désirât.

Le dîner fut copieux, délicat, servi lentement, selon les traditions sacrées de la province. Wallers était orgueilleux de sa cave et disait la provenance et l’âge des vins. On parla de cuisine. Angelo montra une compétence singulière et donna la recette des anchois à la mie de pain et des aubergines farcies...