Et j’ai envie de suivre le conseil du poète napolitain. J’ai envie de fermer les persiennes, de me mettre au lit et de pleurer, sans raison, sans contrainte, comme une petite fille punie, de pleurer jusqu’à m’endormir...
Hélas! je ne suis pas faite pour le voyage et le déracinement. Je suis une casanière, une maniaque, une jeune femme devenue une vieille fille, malgré le mariage néfaste, la maternité malheureuse, l’amour qui s’offre et que je ne puis accueillir... Mon âme est un rosier dont la fleur sèche avant d’éclore... Mon destin, c’est de vivre à Pont-sur-Deule et non pas à Naples; de filer la laine de mes songes, dans l’ombre du foyer, au lieu de perdre des jours et des jours ici où tout me gêne et me repousse...
Au revoir, mon ami. Je dois écrire encore à maman et à notre Isabelle qui se plaint toujours et qui m’envie... Si elle me voyait!...
MARIE.
VII
La maison de Salvatore, penchante au flanc du Pausilippe, était bien belle quand on l’apercevait de la mer. Les Allemandes sentimentales qui louent des barques à la Mergellina, pour l’excursion classique du Cap, ne manquaient jamais de la montrer à leur époux avec un «Ach!» d’émotion... Car c’était vraiment une maison pour l’amour, ce cube de pierre, couronné de balustres, et qui brillait dans le noir feuillage hivernal comme une orange sanguine...
Mais quand on la voyait de la route, et de près, la maison de Salvatore n’était point belle. Au bout d’un maigre jardin planté d’artichauts et de salades et loué aux habitants du villino mitoyen, la bâtisse négligée depuis longtemps montrait la misère emphatique de moulures, de colonnes, de frontons peints en trompe-l’œil sur un fond rougeâtre. Les pluies de nombreux hivers avaient lézardé les plâtres et décoloré les stucs. Une famille, redoutablement prolifique, transformait le premier étage en lapinière et décorait les fenêtres de paillasses à carreaux, de torchons sales, de langes malodorants et de bas rayés jaune et vert. Les piailleries des enfants ne gênaient pas Salvatore qui avait transformé en atelier le rez-de-chaussée de la maison. Il y venait aisément de Naples, par le tramway du Pausilippe.
Angelo et Marie traversèrent le jardin, et le jeune homme se mit à crier:
—Oi!... Tore!... Tore!
Une voix répondit, de l’intérieur: