—Pourquoi?
—Parce que je suis là... Je m’ennuie partout, en ce moment: j’ai une crise d’ennui... C’est la première fois, depuis bien des années... Le travail même ne me guérit pas.
—Vous vous ennuyez parce que vous êtes trop heureux.
—Par exemple!
—Les gens très malheureux ne s’ennuient jamais. Le travail forcé, le souci du pain quotidien les empêchent d’analyser leur état d’âme. Mais vous, à qui la vie est clémente, qui êtes seul, et ne pensez qu’à vous seul...
Noël se mit à rire:
—Appelez-moi donc sybarite, bourgeois satisfait et capitaliste repu!...
—Vous vous ennuyez parce que vous menez une existence artificielle... L’homme est égoïste, mais sociable. Mariez-vous!
—Par égoïsme?... Par «sociabilité»?... Non!... Je voudrais... Ah! je voudrais entreprendre quelque chose de très difficile, devenir un grand homme, bouleverser le monde, et faire tout le bonheur ou tout le malheur de l’humanité... Quand j’étais collégien, je rêvais d’être Don Juan ou Napoléon... Je voyais la vie comme une course d’obstacles... Et plus tard, j’ai aimé l’inconnu des voyages, l’aventure, le danger... J’ai aimé les pays qui se dérobaient et les femmes qui se refusaient...
Josanne eut un petit sursaut... Noël changea de ton: