Ce mot fit à Noël une peine affreuse. Il voulut s’en aller. Elle le retint.

—Tant pis! vous me verrez en robe de maison... et tant mieux! nous aurons plus de temps pour causer, puisque ce soir vous ne dînez pas chez Mariette...

Elle avait une sorte de peignoir, une longue blouse de laine blanche, dont l’encolure, coupée carrément, découvrait sa nuque et un peu de sa poitrine. Elle souriait à Noël:

—Venez!

A peine entré dans la longue pièce aux boiseries grises, au papier d’un vert si doux, Noël éprouva une sensation de fraîcheur, de pureté, de joie. Les choses l’accueillaient. La belle lumière emplissait ses yeux et son âme.

Il ne se lassait pas de dire:

—Mais c’est très joli, chez vous!... c’est délicieux!

Josanne voulut montrer, tout de suite, ce qu’elle possédait de plus rare: le petit moulage d’une Pleureuse de Bartholomé; et, debout, la gorge modelée sobrement sous la laine blanche, le cou nu, les cheveux relevés, elle avançait le bras d’un geste d’offrande et tenait la statuette comme une fleur. Puis Noël dut admirer les photographies qui ornaient les murs,—sans cadres, «parce que les cadres, c’est cher!»—et la vieille commode trouvée à Chartres, chez un menuisier, et la grosse théière de cuivre, et les chardons violets dans le vase vert, et, dans le vase jaune, les «monnaies du pape», dont les piécettes nacrées, translucides, tombaient au plus léger frôlement, comme de petites lunes mortes...

Noël feignait de s’intéresser aux meubles, aux bibelots, à tout ce que Josanne aimait. A vrai dire, il ne voyait qu’elle, Josanne. Sa pensée ravie l’enveloppait, la caressait tendrement, lui disait: «Parlez! souriez!... Parlez encore... Je vous regarde, et je ne vous reconnais pas... Est-ce bien vous? Est-ce votre âme vraie qui se révèle?...» Il avait cru la trouver dans un logis sombre, dans une atmosphère de deuil, vêtue de noir, un peu timide encore devant lui... Et il la sentait confiante, joyeuse de recevoir son ami dans sa maison et ne cachant plus sa joie.

—Personne n’a jamais vu tout cela; personne n’est jamais venu ici, excepté mademoiselle Bon; mais le monde visible n’existe pas pour mademoiselle Bon...