—Mais non... Je n’ai rien. La chaleur m’a étourdie...

Ils coupèrent par un autre sentier, moussu, ombragé de tilleuls en charmilles, et ils retrouvèrent enfin leur voiture.

Josanne murmura:

—Il était temps... Je n’en pouvais plus... Je défaillais.

—Étendez-vous, appuyez-vous... Otez votre chapeau qui vous gêne... On va rabattre la capote... Et vous, cocher, allez rondement! Nous déjeunons à Dampierre.

Les yeux fermés, elle abandonnait sa tête en arrière. Entre ses cils, elle apercevait des arbres, des maisons, un château, des murs, une grille, images fragmentaires qui défilaient, interrompues par des espaces d’ombre lorsque les paupières de Josanne s’abaissaient tout à fait.

Elle ne savait pas que Noël la tenait contre son épaule. Elle sombrait dans la douceur et la langueur, perdant toute notion du temps et de la distance. A Dampierre, elle fit un effort pour se ranimer, et, voyant la tête de Noël si près de la sienne, elle rougit et se redressa.

—Oh! pardon... Je...

Il n’écouta pas ses excuses, et ne parut soucieux que de sa santé.

Le déjeuner était prêt, dans une salle à manger pseudo-gothique. Noël parla gaiement, de choses banales, comme s’il eût désiré amuser Josanne et non pas l’émouvoir. Elle s’irritait un peu de cette réserve volontaire, et un sentiment obscur, léger dépit, coquetterie inconsciente, inquiétude amoureuse, l’enhardissait...