—Bâcler ses articles?...

Le «patron» reparut dans l’homme. Foucart se fâcha tout à fait:

—Je me f... pas mal que mes collaboratrices fassent l’amour, pourvu qu’elles fassent leur service!... Je prierai mademoiselle Bon de parler à la petite Valentin...

Mademoiselle Bon n’était pas moins consternée que Foucart. Elle avait entendu les doléances de madame Gonfalonet, présidente de la «Fraternité féminine». Madame Gonfalonet, qui appartenait à l’âge héroïque du féminisme, à la génération des Paule Mink et des Potonié-Pierre, était plus que hardie dans ses idées et dans ses discours, et plus que timorée dans la conduite de sa vie. Cette excellente femme, qui se faisait gloire de n’être point frivole et de n’avoir jamais porté de corset, étalait des appas défaillants sous le mérinos noir d’un vêtement «réforme»; elle avait un chignon dans un filet sous une toque de fausse loutre ou un «tyrolien» en paille noire, et se chaussait de larges bottines élastiques qui «ne lui abîmaient pas le pied»... Prompte à réclamer la liberté de l’amour, le «matriarcat» et la protection des enfants par l’«État-Père», madame Gonfalonet avait vécu très simplement, très chastement, sous la loi de son tyran Gonfalonet, le meilleur homme du monde, plus féministe que sa femme. Veuve, elle ne voulait point quitter le deuil.

Madame Gonfalonet avait remarqué, non sans horreur, que le demi-deuil de Josanne s’éclaircissait: le gris devenait blanc, et le violet, rose. Un soir, au bois de Boulogne, la présidente de la «Fraternité» reconnut madame Valentin au bras d’un jeune homme, dans une allée obscure... Redoutant que l’ex-secrétaire du groupe ne passât décidément à l’ennemi—à l’homme!—madame Gonfalonet confia ses craintes à mademoiselle Bon.

—Cette jeune femme compromet nos idées en se compromettant...

Et la trésorière, mademoiselle Otchipoff, une Russe qui avait écrit un opuscule pour inciter les femmes à faire «la grève des ventres», proposa d’exclure Josanne discrètement...

—Il ne faut rien exagérer! dit la présidente. Madame Valentin n’a pas commis un crime; mais elle saura qu’une féministe, dévouée à la Cause, ne doit donner aucune prise à la malignité de nos adversaires... De même, un prêtre défroqué doit être plus austère qu’un autre homme...

Un jour, en sortant d’une «Crèche modèle» où Josanne avait tout regardé sans rien voir, mademoiselle Bon essaya de morigéner la coupable:

—Qu’avez-vous donc, ma petite?... Vous négligez vos devoirs professionnels, vous oubliez les heures des interviews, vous ne corrigez plus vos épreuves, et vos articles ne valent plus ceux que vous écriviez cet hiver... Monsieur Foucart est mécontent, je le sais... Soyez raisonnable, Josanne, redevenez ponctuelle et consciencieuse!