Elle regarda le calendrier accroché dans un coin: «21 mars»... Le printemps commençait... Elle se sentit plus triste encore. Elle n’aimait plus le printemps.

Comme elle se penchait pour ramasser une lettre, la soie trop mûre de sa blouse craqua. Elle se redressa, consternée, chercha l’accroc. C’était la couture de la manche qui avait cédé. Il faudrait donc acheter une autre blouse? Celle-ci avait fait son temps... Josanne songea d’abord à réparer l’accident. Elle ferma la porte au verrou, prit du fil et une aiguille dans le tiroir de sa table, et, la blouse enlevée, elle examina la malencontreuse déchirure... Oui, cela pouvait s’arranger... Acheter une autre blouse avant la fin du mois, c’eût été une folie. Pourtant Josanne avait des larmes dans les yeux. Elle avait beau être raisonnable, elle était femme, elle était coquette, et ça l’ennuyait d’être moins bien habillée que les camarades... Sa pauvre blouse groseille!... Quelle différence avec les délicieux corsages de Flory!... Josanne soupira; puis elle pensa aux chroniques qu’elle rédigeait, à la tête que feraient ses lectrices si elles pouvaient l’apercevoir, raccommodant sa blouse dans les somptueux bureaux du Monde féminin, et elle se mit à rire, toute seule, consolée par la drôlerie de la situation.

Rhabillée, elle revint à son travail. Elle rédigeait les quelques lignes de légende qui devaient accompagner les illustrations d’un article... L’heure passa. Bientôt les pas, les voix, la rumeur coutumière emplirent l’antichambre et les bureaux voisins. Toutes les cinq minutes, quelqu’un frappait. Les rédactrices, les dessinateurs, ne trouvant personne, relançaient madame Valentin:

—Eh bien, madame?... J’attends mes épreuves.

—Ma nouvelle?... Quand passera-t-elle donc?

—Monsieur Foucart a-t-il vu mon dessin?

Josanne répondait brièvement:

—Vous êtes «en pages».

Ou bien:

—Je ne sais pas... Le numéro d’après-demain est sur le marbre... Votre nouvelle passera dans le prochain.