»Respectueusement,
»NOEL DELYSLE.»
Josanne avait lu, d’un trait, les quatre petites pages. Elle les relisait, ligne par ligne. Et la lettre lui semblait plus amusante et plus jolie. Elle y sentait de la curiosité, sans impertinence, et un espoir, une promesse de sympathie, sous l’ironie légère des mots.
Et cette sympathie d’un inconnu était bienfaisante pour Josanne, dès le premier moment où elle s’exprimait. La lettre de Noël Delysle expliquait la lettre de Foucart. Le directeur du Monde féminin s’était dit:
«Tiens, tiens!... c’est vrai!... elle avait un gentil brin de plume, la petite Valentin! Son article n’était pas bête du tout... Elle pourrait peut-être nous envoyer des chroniques sur la province...»
«Les petites causes!... pensa Josanne. Ce monsieur Delysle, sans le savoir, m’a rendu plus facile la démarche que je n’osais tenter. Il faudra que je le remercie. Cette lettre est charmante, vraiment.»
Elle était flattée que M. Delysle se fût donné la peine de lui écrire, à elle, l’obscure Josanne, autre chose que deux mots de politesse sur une carte de visite. Et elle se rappelait les paroles de Foucart: «Un grand garçon, brun comme un Arabe et froid comme un Anglais... Il a été en mission au Canada...»
Un sourire involontaire passa sur ses lèvres. Elle considéra la lettre, le dessin et la signature... Le papier avait une vague odeur de cigarette... Elle imagina un homme encore jeune, brun, aux yeux très sombres... Il se promenait, la cigarette aux doigts, dans un paysage florentin, et il pensait:
«Cette «Josanne» a reçu ma lettre...»
Elle était «Josanne» tout court, pour cet inconnu qui ne savait rien d’elle, qui n’était pas sûr de connaître son véritable nom...