Bergeounette venait me retrouver chez Sandrine. Elle mettait une animation extraordinaire dans la petite chambre qu'elle emplissait de désordre et de bruit. C'était comme si elle se fût assise sur tous les meubles à la fois, et après son départ j'étais toujours obligée de donner un coup de balai.
Cela faisait rire Sandrine qui trouvait que Bergeounette ressemblait à un bon chien mal dressé.
Puis c'était Jacques qui arrivait pour quelques instants. Il se troublait en me voyant, et il restait debout comme un étranger.
Sandrine le forçait à s'asseoir sur le pied du lit, et à toute minute elle levait les yeux sur lui comme si elle craignait qu'il n'eût disparu tout à coup.
Les commandes revinrent avec les premiers jours de mars, et Mme Dalignac rappela Bouledogue et Duretour.
Bergeounette, qui ne s'était souciée de rien pendant le chômage, fit montre d'un contentement exagéré d'être occupée. Son rire bas et comme cassé se faisait entendre à tout moment, et on n'obtenait pas de réponse quand on lui en demandait la raison.
Lorsque Bergeounette était debout, tout son corps remuait avec aisance, mais quand elle se tenait tranquille sur son tabouret, elle faisait penser à une chose difficile à manier. Ses épaules carrées paraissaient dures comme le granit, et en passant près d'elle on prenait garde à ses coudes. Mais, qu'elle fût remuante ou paisible, ses cheveux fins et lisses restaient collés contre sa tête, tandis que sa face semblait virer à tous les vents.
Une après-midi, en revenant travailler, je la vis descendre l'avenue dans une galopade extraordinaire. Elle avançait par bonds énormes et bousculait tout le monde pour échapper à son mari qui la suivait de près. Et brusquement elle disparut sous la porte cochère qu'elle repoussa derrière elle.
L'homme essaya d'enfoncer la porte, puis il donna un grand coup de pied dedans, et après avoir regardé en l'air comme s'il espérait voir sa femme à une fenêtre, il tourna le dos et s'éloigna.