—Vous feriez mieux de vous étendre par terre.
Et pendant que nous reprenions notre ouvrage, il s'en allait à la cuisine nous faire du café très fort.
Nous buvions le café en quelques gorgées rapides. Je le trouvais parfois si amer que je ne pouvais m'empêcher de faire la grimace, mais Mme Dalignac disait:
—Bah! le goût ne compte pas. C'est comme lorsqu'on met de l'huile dans la machine.
Une intimité confiante nous liait à présent.
Quand la fatigue nous laissait quelque répit, nous causions à cœur ouvert, et les nuits nous semblaient moins longues.
Je n'avais pas grand'chose à dire sur moi-même.
Mais Mme Dalignac me confiait ses soucis et ses craintes.
La maladie de son mari ne l'inquiétait pas trop. Elle était persuadée que quelques mois de repos à la campagne le remettraient vite, mais elle ne savait comment faire pour lui assurer ce repos. La plupart des clientes faisaient attendre leurs paiements, et, depuis que le patron ne travaillait plus, l'argent qui rentrait suffisait tout juste à la vie de chaque jour et à la paye des ouvrières.
Elle s'intéressait à mon avenir aussi. Elle pensait qu'il ne me faudrait pas longtemps pour savoir faire les robes aussi bien que la meilleure ouvrière.