Je crus qu'elle s'évanouissait, et je me levai précipitamment pour lui porter secours, mais en me penchant je vis qu'elle venait de s'endormir lourdement. Elle dormait la bouche ouverte, et son souffle était rude et régulier.

Je lui glissai un paquet de doublure sous la tête, et, dans la crainte de m'endormir comme elle, je me passai un linge mouillé sur le visage.

«Des manches qui n'aient pas l'air d'être des manches.»

Je les regardai longtemps, puis je les défis, et, après avoir plissé de la mousseline, ajusté des entre-deux, et disposé de la dentelle, je m'éloignai à mon tour du mannequin pour juger de l'effet…

Six heures sonnaient à ce moment, et le patron entrait dans l'atelier avec son teint jaune et ses cheveux ébouriffés. Il tourna autour du corsage avec des gestes d'admiration et il dit en montrant sa femme:

—Elle peut dormir maintenant, elle a fait là un beau travail.

Et il se sauva bien vite à la cuisine.

Mme Dalignac s'était réveillée au bruit.

Elle ne pouvait pas croire que ses manches étaient faites. Elle les touchait l'une après l'autre d'un air craintif, comme si elle craignait de les voir disparaître subitement. Elle voulut parler aussi, mais il se trouva qu'elle avait perdu la voix.

Je ne parlais pas non plus. Je sentais que la moindre parole m'apporterait un surcroît de fatigue et j'indiquais par signes ce qui restait à faire.