Et Bergeounette raconta ainsi:

—C'était un peu avant la fin du catéchisme, la gifle que je venais de donner à mon voisin avait claqué si fort que toutes les filles se levèrent pour voir d'où elle était partie.

«Le vieux curé se leva aussi, bien plus vite que je ne le croyais capable de le faire, et il me poussa jusque sous l'escalier sombre qui menait au clocher. Tout d'abord, je n'osai pas bouger dans la crainte de tomber dans quelque trou, mais bientôt j'aperçus une grosse corde qui pendait auprès de moi, et pour faire comme les marins j'essayai de grimper après. Ce n'était pas facile, mes sabots glissaient le long de la corde et je retombais toujours. Mais voilà qu'au-dessus de ma tête la cloche se met à tinter un coup, puis un autre, puis encore un autre, tout comme si on sonnait le glas. Je m'arrêtai de sauter pour écouter, mais au même instant M. le curé me tira de ma cachette en disant tout indigné: «Oh! Oh! Oh!»

«La cloche ne tintait plus et les enfants arrivaient en se bousculant, pendant que M. le curé ne trouvait pas autre chose à dire que: «Oh! Oh! Oh!»

«Il ouvrit la porte de l'église et je sortis au milieu des filles et des garçons qui couraient devant moi en riant et criant comme cela n'était jamais arrivé dans le village.»

Et Bergeounette acheva, sans rire:

—Lorsque ma mère troussa mes jupes, ce ne fut pas le glas qu'elle sonna, mais la volée des plus beaux jours de fête.


La semaine n'apporta pas la tranquillité qu'on attendait. On compta les robes qui restaient à faire et déjà Bouledogue s'épouvantait à l'idée que le travail allait manquer. De plus le patron paraissait s'affaiblir encore et il supportait difficilement le bruit des machines. Mme Dalignac commençait à préparer leur départ pour les Pyrénées. M. Bon l'avait conseillée dans ce sens avec l'espoir que le malade se remettrait plus vite à l'air de son pays.

Elle passait une partie de son temps à courir d'une cliente chez l'autre pour toucher le prix de ses façons, mais elle rentrait souvent sans argent, lasse et contrariée. Le soir, je l'aidais à relever ses factures, et tout en feuilletant le livre de comptes, je m'étonnai de la grande quantité de notes qui n'avaient pas été payées depuis plusieurs années. Pourtant, les mêmes clientes continuaient à se faire habiller à la maison. Quelques-unes étaient même très exigeantes et ne payaient les nouvelles façons que par petites sommes espacées.