André raconta tout. Quand il eut fini:
«Je vois, dit le curé... Scrupules d'une âme demeurée religieuse malgré qu'elle se soit écartée des sentiers de la foi... Absence de direction de conscience...»
Percevant chez son ami un léger signe d'irritation, il s'interrompit:
«C'est un mot, je le sais, dont les maris prennent ombrage. A la pensée d'une intervention étrangère auprès de leur femme, l'exclusivisme de possession se hérisse... Eh! mon ami, la conscience n'appartient qu'à Dieu... saint tabernacle dont il a remis la clé en nos mains indignes. Toi-même, tout à l'heure, ne l'établissais-tu pas, cette prérogative de notre ministère? Adresse à Dieu ta jalousie, alors, non pas à nous, ses serviteurs.»
Se souvenant que la veille lui, le raisonneur, presque en ces mêmes termes il avait parlé à sa femme, André aussitôt se détendit.
«Soit! j'ai tort... J'ai tort, puisque c'est moi qui sollicite pour elle ton conseil. C'est que, vois-tu, nous avons peine, nous autres dégagés des liens dogmatiques, à comprendre qu'une conscience ne trouve pas sa direction en soi-même. N'est-ce donc point à ces fins que nous avons reçu la connaissance du bien et du mal?
—Tu parles d'une conscience d'honnête homme, non d'une conscience catholique. Ne t'imagine pas, d'ailleurs, que nous encouragions le scrupule... tout au contraire en réprimons-nous l'excès. Et personnellement je suis ennemi de l'abus de direction comme de l'abus des sacrements... Mais, à soulever ce débat, nous nous écartons de l'objet proposé. Je reprends donc. Faute de direction, une conscience qui s'affole... D'autre part, zèle indiscret d'une personne dont la piété ardente et militante est sujette à oublier que, de toutes les vertus chrétiennes, la charité est la plus agréable au Seigneur... Une de ces femmes qui, exaltées par l'orgueil de leur foi, pensent pouvoir se substituer au prêtre pour la conduite des âmes... qui, dans la louable intention de travailler à la gloire de Dieu, s'instituent de leur autorité privée mères de l'Église... Ah! mon ami, les laïques qui rendent la religion comptable du mal fait dans le monde par certaines dévotes plus dévotes que le pape ne se doutent pas qu'elles en font à la religion bien plus encore, et quelles croix elles sont pour nous, leurs confesseurs!... Mais, reprit l'abbé en riant, voilà que moi aussi je manque à la charité... Tu vois combien c'est vite fait de choir dans le péché... oh! véniel, celui-ci, à n'être même pas compté dans les sept quotidiens du juste...»
Puis, redevenu sérieux:
«Allons, André, le mal n'est pas sans remède. Ta femme peut guérir.
—Tu crois?... Tu crois que la paix peut rentrer en elle?...»