«Tu n'as pas si complètement oublié ton catéchisme que tu ne te rappelles les commandements de Dieu... «Œuvre de chair ne désireras qu'en mariage seulement...» Et ce mariage-là, c'est le sacrement: l'Église n'en connaît pas d'autre. Non possumus... Je ne puis faire que ta femme ne soit exclue de la Sainte-Table. Mais il ne me paraît pas impossible de lui donner de la consolation et de l'espérance... Envoie-la moi.»
Une ombre passa sur le front d'André.
«Te l'envoyer?... Voudra-t-elle?... Depuis notre mariage elle n'a pas vu de prêtre...
—Eh! qui te parle de confession?... Car c'est bien là, n'est-ce pas, où le bât te blesse!... Cette défiance du confesseur qu'ont les maris... Et tu as pensé pourtant que le mal de cette âme, un prêtre seul pourrait t'indiquer le moyen de le soulager... Mon cher ami, s'il plaît à Mme Rogerin de se présenter au tribunal de la pénitence, mon confessionnal est ouvert à tous... et je ne connais pas ceux qui s'y agenouillent. Mais, à te dire vrai, je préférerais qu'elle allât tout bonnement à sa paroisse, et je l'y engagerais au besoin... Ces choses-là gagnent à être faites simplement. Non: ce qu'il faut, c'est que j'aie occasion de m'entretenir avec elle... c'est qu'avec le peu que je puis avoir de pénétration et de prudence, je sonde sa plaie... c'est que dans mon humble jugement je trouve le dictame propre à l'adoucir. Néanmoins, tu as raison... Peut-être serait-ce mieux de ne pas l'effaroucher en l'abordant de front... Ces âmes meurtries sont délicates... Cherchons une entrée en matière... Tiens, si tu pouvais l'associer à mes œuvres?... J'en ai une bien faite pour toucher son pauvre cœur maternel: un orphelinat qui a grand besoin d'assistance. Tu lui dirais m'avoir rencontré fortuitement, que je t'en ai touché mot, que tu serais aise de la voir s'y intéresser, que ce lui serait une occupation salutaire... Oui? C'est entendu.»
Tous deux s'étaient levés. Posant ses mains sur les épaules de son ami:
«Allons, reprit-il de sa voix plus sonore, sa voix d'espoir, toute réchauffée par l'amitié, Dieu qui m'envoie par toi une œuvre à accomplir me donnera les lumières nécessaires. Mes ferventes prières seront pour vous... Demain je dirai ma messe à votre intention... Puis vous avez là-haut un avocat: cette chère petite âme qui était trop belle pour demeurer parmi nous. Tu bondiras, si je parle en ceci comme la pieuse amie de Mme Rogerin... mais il est véritable que ces purs holocaustes désarment le Seigneur. Puisque tu ne nies pas Dieu, André, mets ta foi en lui: il est favorable à qui, d'un cœur sincère, se confie à sa clémence.
—C'est à ta sagesse surtout que je me confie et à ton affection. Je parlerai donc à Élisabeth des œuvres paroissiales de Saint-Jacques-Saint-Christophe... En attendant, Augustin, accepte ma modeste offrande pour tes orphelines.»
Et dans la main du curé il glissait un billet bleu.
«Merci, André. Reviens me voir, reviens souvent... Et embrasse-moi, ami.»