—Vos camarades, jeune homme, n'étaient point représentatifs d'une doctrine. Pour employer une comparaison qui touchera votre cœur de soldat, lorsque sa vie durant on a combattu sous un drapeau, passer sous un autre dans une circonstance éclatante qui donne un triomphe aux adversaires, cela ne s'appelle-t-il pas déserter?
—Vous me permettrez, monsieur, de décliner l'assimilation entre les trois couleurs pour lesquelles nous versons notre sang et des étiquettes de parti qui ne font couler que de l'encre.
—Oui, oui, je sais... la suprématie de l'idée militaire sur l'idée civile...»
Ce ton dédaigneux irrita le jeune officier.
«Alors ce n'est pas une idée civile que formulent les mots: «Honneur et Patrie»? Mourir pour ces mots-là, monsieur, c'est autre chose qu'en enfiler les uns au bout des autres aux fins de décrocher un portefeuille.
—Vos batailles ne vous donnent-elles pas aussi de l'avancement?
—Petits profits achetés très cher et auxquels je vous assure qu'on ne pense guère sous la mitraille.
—J'en suis convaincu. Mais faites-moi la grâce de croire, mon jeune ami, qu'il y a aussi des républicains désintéressés.
—Hum! fit Marcel, voyant son cousin hésiter à la réplique... Tout de même la princesse prodigue ses biens à ceux qui font vœu d'être siens.
—Souvent aussi, remarqua le docteur, elle se montre fort ingrate. Témoin l'abandon de ce pauvre Duboys-Leroux, après les services considérables, en effet, qu'il lui a rendus, et en considération desquels, mon vieil Alcide, tu lui pardonneras s'il t'afflige en recevant les sacrements... ce qui, d'ailleurs, est encore douteux.»