—Jaloux d'un premier mari? Tu es plus épris que tu ne crois. Mais c'est bouder contre soi-même... On en revient.
—Ce premier mari n'est pas mort.
Les gros sourcils broussailleux du docteur se froncèrent.
«Belle thèse passionnelle, mais mauvais sentiment, mon garçon, sentiment égoïste, indigne d'une âme généreuse. Alors, une femme, au début de sa vie, a eu le malheur de tomber sur un drôle... Elle a souffert cruellement. Et lorsque, dans la fleur de sa jeunesse, elle s'est libérée de cette union détestable, elle doit fermer son cœur à un amour honnête, cela parce que la vanité masculine ne veut pas courir le risque... très problématique, d'ailleurs, dans l'espèce, vu la différence des milieux... de frôler quelque jour celui à qui, pour ses péchés, elle a appartenu?»
Vivement le capitaine répliqua:
«Vous ne m'entendez point, mon oncle. Le sentiment que vous me prêtez, il est humain... ou plutôt il est masculin, comme vous le dites fort justement, et je ne prétends pas en être exempt plus qu'un autre. Mais il est de ceux dont l'amour triomphe aisément, lorsqu'on sait surtout qu'une femme vous apporte son cœur intact. Non, l'obstacle se trouve ailleurs... pas dans le fait du mari, mais dans le fait du divorce.
—Des mots! se récria le docteur, le sang lui montant au visage... une jonglerie de mots... Toi, Maurice, esclave d'un préjugé!...
—Ce n'est pas un préjugé. Je ne blâme personne. Votre nièce eût été plutôt sujette à blâmer au contraire de sacrifier sa dignité en demeurant dans ce mariage indigne. J'éprouve autant de respect pour son caractère que sa personne m'inspire d'attrait... Mais telle quelle, mon oncle, l'Église ne la tient pas pour veuve.»
La fermeté d'accent avec laquelle était battu en brèche son édifice irrita cet absolutisme rarement contrecarré. Et, très ironiquement:
«Pardonne-moi, mon cher, je ne te savais pas aussi bon catholique.