—Surtout vous auriez le plaisir de faire une petite escapade. Très volontiers, mon cher Georges... Cela m'amusera aussi, moi, de jouer les chaperons.
—Et l'on se demandera laquelle des deux est la grande sœur?
—Ainsi m'exercerai-je à mon futur emploi. Car, puisque tu veux bien rapprocher la parenté, tu verras quelle tante modèle je serai pour tes enfants.
—Allons! tu as mieux à faire...»
Un léger soupir échappa à Élisabeth. Tout ce qu'elle regrettait du mariage, c'était la maternité.
«Dieu ne l'a pas voulu, dit-elle.
—Il peut changer d'avis, répliqua Georges, moitié sérieux, moitié plaisant.»
Mais elle ne partageait pas son optimisme d'amoureux. Ne lui était-il point interdit d'aimer tant que vivrait l'homme dont pourtant elle ne portait plus le nom?
De tous les Bertereau, le jeune docteur était celui qui respectait le mieux les idées de sa cousine, sans doute parce que son esprit tendait à s'en moins éloigner. Au surplus, il y avait entente tacite pour ne point heurter de front la jeune femme en lui parlant de l'éventualité d'une seconde union. Aussi est-ce évasivement que Georges reprit:
«Tu as la vocation du mariage, Élisabeth... autant que l'avait peu ton austère amie. Les choses de ce monde sont tout à fait mal arrangées. Elle aurait dû prendre le voile, et toi épouser un aimable garçon dans le genre de M. Guivarch, à qui tu aurais mis du plomb dans la cervelle, en douceur, et qui t'aurait aimée comme tu mérites de l'être. Et cette brute de Lambertier serait resté pour compte. Ou bien Hélène en eût fait son affaire... Pour l'amour du charbonnage, elle aurait passé condamnation sur le charbonnier.