—Voyez la petite philosophe!... Tu as tout à fait raison, ma chérie... Mais va donc jouer avec Pom... L'entends-tu qui gratte à la porte?»

Aux remarques de ce genre, la satisfaction de l'orgueil paternel se mitigeait d'un souci analogue à celui du grand-oncle. La campagne? Oui, certainement, ce serait bon de donner à ce cerveau suralimenté les dérivatifs de la vie animale. Mais, en sus des deux mois de vacances du Palais, sur lesquels la mère prenait une avance de quelques semaines et qu'elle prolongeait d'autant, pouvait-on séparer les enfants de leur père, la femme de son mari? On faisait de son mieux cependant pour se conformer à ces avis si autorisés. On s'efforçait de ramener à la puérilité ce sérieux précoce, d'entraver l'essor de cette spiritualité anormale. Ainsi le système d'éducation adopté pour Yvonne se trouvait-il être exactement le rebours de celui qui convenait à son frère dont, tout en ménageant la faiblesse physique, il fallait stimuler l'intelligence paresseuse. Dans l'accomplissement de cette double tâche, la tendresse de la mère, passionnée pour la fille, attendrie pour le garçon, lui était un guide plus sûr que toute la pédagogie du monde. Et André, qui n'avait pas le loisir de s'occuper de ses enfants, se louait de posséder à son foyer les plus solides, les plus hautes vertus domestiques, alliées à tant de grâce et de douceur. Il était très heureux.

Assez singulièrement cependant les préoccupations du docteur Bertereau, au sujet de cette enfant, semblaient trouver un écho chez l'enfant elle-même. Non seulement l'idée de la mort, aussi étrangère à cet âge qu'elle l'est aux animaux, lui représentait bien celle de la disparition, mais encore Yvonne possédait une conception de l'au-delà, guère moins définie que la nôtre, laquelle l'est si peu. A peine sa petite raison formée, les vêtements de deuil, les convois funèbres avaient eu un sens à ses yeux. Sa première question ayant reçu l'habituelle réponse que les morts vont au ciel,—on n'avait pas jugé devoir lui parler de l'enfer,—assez longtemps elle était demeurée silencieuse. Puis alors que, croyait-on, elle n'y pensait plus:

«Oh! dit-elle, comme ce doit être beau, le ciel... On doit y être bien.

—Sans doute, mignonne, avait-on répondu. Mais tout de même, personne n'est pressé d'y aller voir.

—Pourquoi, ma tante?...»

Oh! ces éternels pourquoi de l'enfance!...

«Pourquoi, puisqu'on y est bien?

—Mais comment sais-tu cela?

—Parce qu'on est auprès du bon Dieu.»