«Tais-toi, tais-toi, s'était écriée Élisabeth... Ne parle pas de cela... tais-toi.»
André s'étonna. D'habitude, loin d'écarter le souvenir de la chère petite morte, elle le recherchait. C'est lui au contraire qui s'étudiait à l'en détourner. Et au lieu que les paupières de la mère se fussent mouillées, que sa voix se fût faite tendre, c'est d'un accent presque dur qu'elle avait imposé silence à Georges, avec de la colère quasiment dans les yeux, une altération profonde du visage. Cela donna fort à penser à son mari. Il ne savait pas quel écho ces paroles imprudentes avaient réveillé dans cette conscience troublée.
II
«Qu'on ne me parle plus de lui, clamait le docteur Bertereau... Je ne le connais plus... Il n'est plus mon fils... Que jamais son nom ne soit prononcé devant moi...»
La colère empourprait son visage de façon alarmante; son cou puissant se gonflait dans sa cravate, où machinalement il passait les doigts pour l'élargir. Faiblement, sa femme s'efforçait de l'apaiser.
«Un égarement passager... l'entraînement de ces mauvaises compagnies où il se plaît... Il en reviendra.
—Et quand il en reviendrait?... Mon nom n'en demeurera pas moins déshonoré. Mon nom, lire mon nom au bas de cette ordure!...»
Il froissait avec violence le Temps, dont, dans sa large et forte main, l'ample feuille fut réduite en une petite boule que furieusement il lança à travers la chambre.
«J'interdis formellement à ce drôle l'entrée de ma maison... tu entends, Amélie? Si tu as envie de voir ton fils, tu iras chez lui... en quoi d'ailleurs tu me désobligeras entièrement. Mais qu'il franchisse le seuil d'un honnête homme, d'un bon citoyen, non... Quand je serais mourant même, je défends qu'il vienne... Quand je serai mort, qu'il marche derrière mon cercueil.