À Monsieur E...
Paris, 30, rue Ampère, mai 1884.
Cher monsieur,
Vous devez avoir des démarches ennuyeuses à faire pour votre concert, permettez-moi de vous avancer cette misérable somme sur les billets que je placerai; seulement, je vous prie de ne pas considérer cette niaiserie comme un service. Je vous serai bien obligée de n'en rien dire à maman. J'aurais un air de bienfaitrice bête, tandis que c'est une chose toute simple entre artistes. Je viens justement de vendre une petite étude. Ainsi c'est entendu, vous n'en direz rien, ou vous vous ferez de moi une ennemie très sérieuse.
À Monsieur de M***.
Monsieur,
Je vous lis presque avec bonheur[27]]. Vous adorez les vérités de la nature et vous y trouvez une poésie vraiment grande, tout en nous remuant par des détails de sentiments si profondément humains que nous nous y reconnaissons et vous aimons d'un amour égoïste. C'est une phrase?... Soyez indulgent, le fonds est sincère.
Il est évident que je voudrais vous dire des choses exquises et frappantes, mais c'est bien difficile, comme ça, tout de suite... Je le regrette d'autant plus que vous êtes assez remarquable pour qu'on rêve très romanesquement de devenir la confidente de votre belle âme, si toutefois votre âme est belle.
Si votre âme n'est pas belle et si vous «ne donnez pas dans ces choses-là», je le regrette pour vous d'abord, ensuite je vous qualifie de fabricant de littérature et passe!