Il n'a pas refusé, tout en disant que ce serait difficile, presque impossible... une jeune fille faisant le portrait du Père Didon... il est si en vue... on s'en occupe tant...
Mais c'est justement pour cela, idiot!...
On m'a présentée comme son admiratrice fervente. Je ne l'avais jamais ni vu ni entendu, mais je le pressentais tel qu'il est, avec ses inflexions de voix, passant des notes caressantes à des éclats presque terribles, même dans la simple conversation.
C'est un portrait que je sens tout à fait et si cela pouvait s'arranger, je serais une bienheureuse personne.
Ce grand diable de moine ne doit pas être sage. Même avant de l'avoir vu, il me faisait un peu peur. Je n'aurais qu'à rougir quand on parlera de lui. Ce serait désagréable, un moine! C'est un être qui pourrait avoir de l'influence sur moi et je n'ai pas envie de cela.
Il a promis de venir nous voir et pendant un instant, j'ai désiré qu'il en restât à sa promesse.
Mais c'est bête, et tout ce que je désire à présent est qu'il consente à poser. Rien au monde ne ferait mieux mon affaire de peintre ambitieux.
Je t'embrasse.
Note 12: [(retour)]
Une partie de cette lettre se trouve reproduite dans le journal de Marie Bashkirtseff (pages 159 et 160 du tome II).