À sa mère.
Nice.
Villa Misé-Brun.
Chère maman,
Nous sommes très bien arrivés, tout est charmant et je suis enchantée d'être ici. Nous sommes très gais, il fait très beau et je crains que ma sainte famille ne m'apporte les tracasseries habituelles. Nous sommes si calmes, si sages! Paul, Sacha et Dina sont aux petits soins auprès de moi; Vassili fait très bien la cuisine, Rosalie sert avec entrain; le soleil chauffe. Bref, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Donc, prenez bien votre temps et arrivez-nous vers le carnaval, tout est prêt pour vous recevoir.
Envoyez de suite burnous algérien blanc dans le haut de l'armoire dans ma chambre, ombrelle doublée de rose, robe noire, garnie de plumes noires, dans le placard du cabinet de toilette.
Mille choses aimables à tout le monde
Et surtout ne touchez à rien dans mes livres et les tableaux, qui sont au-dessus des livres. Que la poussière reste. Ne dérangez pas le moindre papier, je vous en supplie.
À la même.
Maman,
Puisqu'il y a eu cet incendie et puisque papa est malade, je vois bien que les projets que j'ai eus ne sont plus de mise. Examinez cela et parlez-moi franchement. Quant à partir, songez à la folie, à l'énormité d'un tel voyage en cette saison. Et puis surtout si papa est malade et que les médecins lui recommandent un climat plus doux, ce serait insensé de rester là. Il n'y aura ni amusements, ni moyen de rien faire, si l'on est malade et triste.