Quoi d'étonnant alors que, sauf deux ou trois exceptions, les femmes n'aient jamais fourni à l'art sérieux de personnalités considérables. Et pourquoi cette injustice envers la femme qui est prouvée mille fois plus courageuse, plus vaillante, ayant, outre la pauvreté malheureusement commune aux uns et aux autres, à lutter contre de terribles préjugés et des difficultés sans nombre, n'ayant même pas la liberté d'allures de l'homme?
C'est à l'homme qui, par sa nature même, a toutes les facilités d'étudier, que l'on donne tous les moyens, et c'est à la femme, qui est naturellement privée de la liberté d'allures et qui a à lutter contre tout et tous, c'est à la femme qu'on refuse cet enseignement.
Il y a déjà sans cela trop de femmes artistes, dira-t-on; la femme est faite pour le foyer. Hélas! ce n'est pas en leur ôtant le moyen de satisfaire une noble passion qu'on leur donnera l'envie de filer de la laine. Pourquoi ne pas donner aux ambitions féminines ce magnifique débouché, pourquoi ne pas encourager ces tendances vers le grand, le beau, l'utile, en donnant à Paris, la capitale du monde, qui a, comme l'antique Rome, la prétention d'être le curiam dignitalem, gymnasium litterarum, domicilium, verbicem mundi, patriam libertatis?
C'est pour cela qu'il faut faire appel à tous les artistes.
Mais ce ne sont pas là des objections sérieuses, et si ce n'était que cela... rien de plus facile que d'établir deux ateliers de trente à quarante personnes chacun; les locaux ne manquent pas. Mais cela ennuierait ces messieurs les professeurs, d'abord parce que ce serait une innovation, un changement et que la routine est une des fleurs qui poussent le mieux dans nos instituts, et puis, des femmes, cela n'est pas sérieux! Est-ce qu'une femme peut travailler sérieusement. Allons donc! Mais oui, elle peut travailler sérieusement, et il y a même bien des gens qui le pensent, tout en disant le contraire; mais que voulez-vous, c'est si banal de pioner les femmes. C'est tellement banal que cela ne devrait plus se faire et qu'il devrait devenir bien porté de s'en abstenir.
C'est aux gens éclairés, aux artistes, aux disciples de l'art, qui ne voient que lignes pures et couleurs éclatantes, qui respirent une atmosphère propre à ouvrir l'âme à l'inspiration, à ce qui est puissant et beau, et à développer les ailes de l'imagination qui doivent porter vers le génie, c'est aux amis du progrès et de la justice qu'il faut faire appel.
La France tient la tête pour la peinture.
À M. B***.
Cher B...., ma réponse vous arrivera du fond du gouvernement de Poltava, où nous sommes en train de faire des chasses auprès desquelles celles du nommé Nemrod ne sont que de la Saint-Jean. Il fait encore assez beau et un lunch, servi en pleine forêt, à deux heures de toute habitation, est quelque chose de très chic.
Avant-hier dimanche, nous avons tué vingt-sept loups, dix-sept renards et deux cent soixante-trois lièvres. Je n'ai sur la conscience que quatre loups et un renard; vous les verrez rue Ampère, où nous nous retrouverons vers le 3 novembre. J'espère bien que vous êtes rentré à Babylone et que la Bretagne vous pleure. Papa a écrit à Alexis pour l'inviter à la chasse et il n'a pas eu de réponse.