Le tableau que je faisais pour le Salon n'est pas encore fini. Vous devez bien comprendre que je ne puis avoir aucun plaisir à envoyer quelque chose qui ne soit pas entièrement bon, tout au moins qui ne soit aussi bien que je puisse faire.

Je suis flattée de l'admiration de B...; vous la trouvez intelligente; elle l'est certainement; mais quand vous la connaîtrez mieux, vous verrez qu'elle paraît l'être tout d'abord plus qu'elle ne l'est réellement.

En outre, elle n'est pas bonne, et avec toutes les apparences d'une brutale franchise, elle sait être fausse au besoin.

Quant au talent, elle en a, mais pas tant qu'elle se l'imagine; de plus, elle est pleine de vanité allemande.

Maintenant l'éreintement est aussi complet que possible[19]. Ne croyez pas que je pense du mal d'elle, c'est simplement l'amour de l'analyse qui me fait regarder au fond de la nature des gens plus qu'il ne faudrait peut-être le faire. B... a des défauts, mais elle a aussi des qualités, malheureusement on ne peut pas en dire autant de beaucoup de monde.

Quant à la peinture canaille, il ne serait pourtant pas mauvais d'en faire, si le talent était là.

Adieu; si vous voyez quelques tableaux avant le Salon, dites-moi ce que c'est. Je reste encore ici huit jours.

Sincèrement à vous,

Andrey.

Est-ce que ma lettre n'est pas très méchante? La vérité est rarement agréable et presque jamais on n'ose la dire pour ne pas être accusé de jalousie.