L’habitation du frère du radjah, pour être plus petite, n’en est pas moins séduisante et paraît surgir complètement d’une touffe de verdure du plus beau vert qui domine le fleuve.
Plus on remonte l’Indus, plus les villages se rapprochent les uns des autres. Les chemins qui courent sur la rive droite du fleuve sont tellement effrayants, les escaliers qui le surplombent pour joindre un sentier à un autre sont tellement exigus qu’ils nous font trouver notre chemin superbe. Ce sentier, du reste, n’est praticable que pour les piétons.
A quelque distance de Do se trouve le cimetière des Baltis; leurs tombes rappellent un peu le rez-de-chaussée de leurs maisons. Ce sont de petits édicules en maçonnerie de gros cailloux, de forme carrée et peu élevés au-dessus du sol. La tombe de leurs saints se trouve toujours dans un endroit assez isolé; elle est entourée de longs bâtons au haut desquels flottent de petits morceaux d’étoffe rouge et blanche.
Les Baltis de la secte nourbakchis se rasent le milieu de la tête et laissent le reste de leurs cheveux bouclés, ainsi que le font leurs frères; leurs femmes, que nous rencontrons, ne sont certes pas jolies, et la propreté n’est pas leur côté faible.
La route est toujours la même: décombres, rocs et pierres; quelques-unes gardent l’empreinte de dessins curieux, que M. de Ujfalvy s’empresse de reproduire sur du papier. Ce sont surtout des scènes de chasse. Il y a bien longtemps que ces dessins ont été faits. Les Baltis d’aujourd’hui n’en seraient pas capables.
Encore un bien mauvais passage, grand Dieu! et nous serons à Baïtan.
L’étape est courte, six cosses ou dix milles. Une cosse baltistane vaut un mille et demi et un peu plus. Mais les Baltis ne sont pas toujours très sûrs eux-mêmes de leurs distances.
Les Baltis portent quelquefois sur leur grosse chemise de patou (lainage grossier) un bracelet ou plutôt un bourrelet d’étoffe, qu’ils fixent à leur bras avec une petite broche en cuivre; ils enferment dans ce bourrelet un talisman. Ils portent aussi des amulettes au cou, et, quand on les mensure, il faut bien se garder de toucher à ces objets, car ils perdraient alors leur privilège sacré. Aussi les protègent-ils avec leurs mains.
Inscriptions et dessins sur les rochers (vallée du haut Indus).