Les bijoux anciens que M. de Ujfalvy a rapportés sont très bien travaillés et ressemblent beaucoup aux dessins arabes; on prétend que ce sont des ouvriers de cette nation que les anciens radjahs baltis ont fait venir pour mettre leur industrie et leur talent au service de leurs désirs luxueux. En tout cas, on ne fait plus ce travail maintenant dans le Baltistan; ces bijoux en argent, incrustés d’or et de turquoises, sont d’une beauté remarquable. Nous nous procurons aussi des cuivres d’une rare distinction de forme et d’un travail fini qui nous rappellent vivement les aiguières de Kangra et de Tchamba.
Les Baltis font aussi du pachemina, qui, dit-on, est meilleur marché qu’à Srinagar, mais il n’est pas lavé et il faut lui faire subir cette préparation pour qu’il acquière cette douceur, cette souplesse qui font sa véritable beauté. C’est dans la capitale du Cachemire qu’on fait le mieux ce travail; la manière dont ils le battent, le rebattent et le lavent avec une sorte de petite noisette qu’ils mêlent à l’eau est la spécialité des Cachemiris, spécialité qui n’a pu être égalée par aucun autre peuple de l’Inde.
M. de Ujfalvy mensura nombre de Baltis au cœur de la population; il lui fut démontré mathématiquement que ces pauvres Baltis, qu’on avait confondus avec les Mongols, ou tout au moins avec les Ladakis, avaient été fortement calomniés. Ils sont bel et bien aryens, tout autant que les Brokhpa-Dardou. Comme eux, ils ont les cheveux bouclés, ondés et soyeux; la barbe est généralement fournie, ce qui n’est pas chez les Mongols. La peau, au lieu d’être glabre, est velue, et leurs yeux sont droits. Les pommettes sont loin d’être saillantes; leurs dents sont belles et leur physionomie est douce.
Ils ont souvent une cicatrice provenant d’une brûlure, de la grandeur d’une pièce de 50 centimes, sur le sommet du crâne. Quand on leur en demanda l’explication, ils répondirent qu’on leur avait fait cette opération lorsqu’ils étaient enfants, afin de les guérir ou de les préserver de maladies de la tête.
Bijoux baltis.
Quelques-uns d’entre eux se brûlent certaines parties du corps pour le même motif.
Du reste, les Hindous prétendent, dans leurs livres de médecine, que, pour apaiser les coliques les plus violentes, il suffit d’appliquer sous la plante des pieds des plaques de fer brûlantes: les douleurs se calment tout de suite; je le crois sans peine, car le remède doit être pire que le mal.
Les Baltis, depuis qu’ils sont devenus mahométans, et cela depuis une époque très reculée, ne pratiquent plus la polyandrie, comme les Ladakis; ils ne sont pourtant pas polygames, ils n’ont qu’une femme, et, quoi qu’en dise l’éminent géographe M. Reclus, elles ne se voilent jamais le visage, si ce n’est peut-être les femmes de haute distinction, qui doivent être rares dans ce pays pauvre et dont les habitants laborieux et doux auraient peine à vivre, surtout dans les hautes régions, si leurs délicieux abricots leur faisaient défaut. Ils les font sécher au soleil, et cette exportation est pour eux une grande ressource et les aide à payer les impôts qu’ils doivent au maharadjah du Cachemire.
L’été est ici très chaud, mais il est court; le bétail y est rare, à cause du peu de fourrage qu’il peut trouver dans les prairies, couvertes de neige pendant une grande partie de l’année. Ils passent leurs longs hivers à tisser des étoffes en poil de chèvre, dont le plus beau vient du Ladak. Ils sont musulmans chiites et en partie nourbakchis, secte musulmane intermédiaire entre la secte des sunnites, dont les Dardous font partie, et celle des chiites. Ils travaillent aussi des objets en pierre tendre, qu’on appelle «jade de Caboul»; elle vient des montagnes de Chigar, et cette fabrication baltistane est assez bonne.