Au ſurplus l’animal humain n’eſt homme ny femme, à le bien prendre, les ſexes eſtants faicts non ſimplement, mais ſecundum quid, comme parle l’Eſchole: c’eſt à dire pour la ſeule propagation. L’vnique forme & difference de cet animal, ne conſiſte qu’en l’ame humaine. Et s’il eſt permis de rire en paſſãt, le quolibet ne ſera pas hors de ſaisõ, nous apprenant; qu’il n’eſt rien plus ſemblable au chat ſur vne feneſtre, que la chatte. L’homme & la femme ſont tellement vns, que ſi l’homme eſt plus que la femme, la femme eſt plus que l’homme. L’homme fut creé maſle & femelle, dit l’Eſcriture, ne comptant ces deux que pour vn. Dont Ieſus-Chriſt eſt appellé fils de l’homme, bien qu’il ne le ſoit que de la femme. Ainſi parle apres le grãd Sainct Baſile: Homil. I. La vertu de l’homme & de la femme eſt meſme choſe, puis que Dieu leur a decerné meſme creation & meſme honneur: maſculum & fœminam fecit eos. Or en ceux de qui la Nature eſt vne & meſme, il faut que les actions auſſi le ſoient, & que l’eſtime & loyer en ſuitte ſoient pareils, où les œuures ſont pareilles. Voila donc la depoſition de ce puiſſant pilier, & venerable teſmoing de l’Egliſe. Il n’eſt pas mauuais de ſe ſouuenir ſur ce poinct, que certains ergotiſtes anciens, ont paſſé iuſques à cette niaiſe arrogance, de debattre au ſexe feminin l’image de Dieu à difference de l’homme: laquelle image ils deuoient, ſelon ce calcul attacher à la barbe. Il failloit de plus & par conſequent, deſnier aux femmes l’image de l’homme, ne pouuant luy reſſembler, ſans qu’elles reſſemblaſſent à celuy auquel il reſſemble. Olda Debora. Dieu meſme leur a departy les dons de Prophetie indifferamment auec les hommes, les ayant eſtablies auſſi pour Iuges, inſtructrices & conductrices de ſon Peuple fidelle en paix & en guerre: & qui plus eſt, rendu triumphantes auec luy des hautes victoires, qu’elles ont auſſi maintefois emportées & arborées en diuers lieux du Monde: mais ſur quelles gens, à voſtre aduis? Cyrus & Theſeus: à ces deux on adiouſte Hercules, lequel elles ont ſinon vaincu, du moins bien battu. Auſſi fut la cheute de Pentaſilée, couronnemẽt de la gloire d’Achilles: oyez Seneque & Ronſard parlans de luy.

L’Amazone il vainquit dernier effroy des Grecs.
Pentaſilée il rua ſur la poudre.

Ont elles au ſurplus, (ce mot par occaſion) moins excellé de foy, qui comprend toutes les vertus principales, que de ſuffiſance & de force magnanime & guerriere? Paterculus nous apprend, qu’aux proſcriptions Romaines, la fidelité des enfãs fut nulle, des affranchis legere, des femmes treſgrande. Que ſi Sainct Paul, ſuyuãt ma route des teſmoignages ſaincts, leur deffend le miniſtere & leur commande le ſilence en l’Egliſe: il eſt euident que ce n’eſt point par aucun meſpris: ouy bien ſeulement, de crainte qu’elles n’eſmeuuent les tentations, par cette montre ſi claire & publique qu’il faudroit faire en miniſtrant & preſchant, de ce qu’elles ont de grace & de beauté plus que les hommes. Ie dis que l’exemption de meſpris eſt euidente, puiſque cet Apoſtre parle de Theſbé comme de ſa coadiutrice en l’œuure de noſtre Seigneur, ſans toucher le grand credit de Saincte Petronille vers ſainct Pierre: & puis auſſi que la Magdeleine eſt nommée en l’Egliſe egale aux Apoſtres, par Apoſtolis. Entre autres au Calendrier des Grecs, publié par Genebrard. Voire que l’Egliſe & eux-meſmes ont permis vne exception de ceſte reigle de ſilence pour elle, qui preſcha trente ans en la Baume de Marſeille au rapport de toute la Prouence. Et ſi quelqu’vn impugne ce teſmoignage de predications, on luy demandera que faiſoient les Sibyles, ſinon preſcher l’Vniuers par diuine inſpiration, ſur l’euenement futur de Ieſus-Chriſt? Toutes les anciennes Nations cõcedoient la Preſtriſe aux fẽmes, indifferemment auec les hommes. Et les Chreſtiens ſont au moins forcez de conſentir, qu’elles ſoyent capables d’appliquer le Sacrement de Bapteſme: mais quelle faculté de diſtribuer les autres, leur peut eſtre iuſtement deniée; ſi celle de diſtribuer ceſtuy-là, leur eſt iuſtement accordé? De dire que la neceſſité des petits enfãs mourãs, ait forcé les Peres anciens d’eſtablir cet vſage en deſpit d’eux: il eſt certain qu’ils n’auroient iamais creu que la neceſſité les peuſt diſpenſer de mal faire, iuſques aux termes de permettre violer & diffamer l’application d’vn Sacrement. Et partant concedans ceſte faculté de diſtribution aux femmes, on void à clair qu’ils ne les ont interdites de diſtribuer les autres Sacremẽs, que pour maintenir touſiours plus entiere l’auctorité des hommes; ſoit pour eſtre de leur ſexe, ſoit afin qu’à droit ou à tort, la paix fuſt plus aſſeurée entre les deux ſexes, par la foibleſſe & rauallement de l’vn. Epiſt. Certes ſainct Ieroſme eſcrit ſagement à noſtre propos; qu’en matiere du ſeruice de Dieu, l’eſprit & la doctrine doiuent eſtre conſiderez, non le ſexe. Sentence qu’on doit generaliſer, pour permettre aux Dames à plus forte raiſon, toute action & ſciẽce honneſte: & cela ſuyuant auſſi les intentions du meſme ſainct, qui de ſa part honnore & auctoriſe bien fort leur ſexe. Dauantage ſainct Iean l’Aigle & le plus chery des Euangeliſtes, ne meſpriſoit pas les fẽmes, non plus que ſainct Pierre, ſainct Paul & ces deux Peres, i’entends ſaint Baſile & ſainct Ieroſme; Electra. puis qu’il leur addreſſe ſes Epiſtres particulieremẽt: ſans parler d’infinis autres Ss: ou Peres, qui font pareille addreſſe de leurs Eſcrits. Quand au faict de Iudith ie n’en daignerois faire mention s’il eſtoit particulier, cela s’appelle dependant du mouuement & volonté de ſon auctrice: non plus que ie ne parle des autres de ce qualibre; bien qu’ils ſoient immenſes en quantité, comme ils ſont autant heroiques en qualité de toutes ſortes, que ceux qui couronnent les plus illuſtres hommes. Ie n’enregiſtre point les faicts priuez, de crainte qu’ils ſemblent, non aduantages & dons du ſexe, ains boüillons d’vne vigueur priuée & ſpecialle. Mais celuy de Iudith merite place en ce lieu, parce qu’il eſt bien vray, que ſon deſſein tombant au cœur d’vne ieune dame, entre tant d’hommes laſches & faillis de cœur, à tel beſoing, en ſi haulte & ſi difficile entrepriſe, & pour tel fruict, que le ſalut d’vn Peuple & d’vne Cité fidelle à Dieu: ſemble pluſtoſt eſtre vne inſpiration & prerogatiue diuine vers les femmes, qu’vn traict purement voluntaire. Comme auſſi le ſemble eſtre celuy de la Pucelle d’Orleans, accompagné de meſmes circonſtances enuiron, mais de plus ample & large vtilité, s’eſtendant iuſques au ſalut d’vn grand Royaume & de ſon Prince.

Æneid. I.
alluſion.

Cette illuſtre Amazone inſtruicte aux ſoins de Mars,
Fauche les eſcadrons & braue les hazars:
Veſtant le dur plaſtron ſur ſa ronde mammelle,
Dont le bouton pourpré de graces eſtincelle:
Pour couronner ſon chef de gloire & de lauriers,
Vierge elle oſe affronter les plus fameux guerriers.

Adjouſtons que la Magdelene eſt la ſeule ame, à qui le Redempteur ait iamais prononcé ce mot, & promis cette auguſte grace: En tous lieux où ſe preſchera l’Euangile il ſera parlé de toy. Ieſus-Chriſt d’autrepart, declara ſa tres heureuſe & tres glorieuſe reſurrection aux dames les premieres, affin de les rẽdre, dit vn venerable Pere ancien, Apoſtreſſes aux propres Apoſtres: cela, cõme lon ſçait, auec miſſion expreſſe: Va, dit il, à cette cy meſme, & recite aux Apoſtres & à Pierre ce que tu as veu. Surquoy il faut notter, qu’il manifeſta ſa nouuelle naiſſance eſgalement aux femmes qu’aux hommes, en la perſonne d’Anne fille de Phannel, qui le recongneut en meſme inſtant, que le bon vieillard Sainct Simeon. Laquelle naiſſance, d’abondant, les Sybilles nommées, ont predite ſeules entre les Gentils, excellent priuilege du ſexe feminin. Quel honneur faict aux femmes auſſi, ce ſonge ſuruenu chez Pilate; s’addreſſant à l’vne d’elles priuatiuement à tous les hommes, & en telle & ſi haulte occaſion. Et ſi les hommes ſe vantent, que Ieſus-Chriſt ſoit nay de leur ſexe, on reſpond, qu’il le failloit par neceſſaire bien ſceance, ne ſe pouuant pas ſans ſcandale, meſler ieune & à toutes les heures du iour & de la nuict parmy les preſſes, aux fins de conuertir, ſecourir & ſauuer le genre humain, s’il euſt eſté du ſexe des femmes: notamment en face de la malignité des Iuifs. Que ſi quelqu’vn au reſte eſt ſi fade; d’imaginer maſculin ou feminin en Dieu, bien que ſon nom ſemble ſonner le maſculin, ny conſequemment beſoin d’acception d’vn ſexe pluſtoſt que de l’autre, pour honnorer l’incarnation de ſon fils; cettuy cy monſtre à plein iour, qu’il eſt auſſi mauuais Philoſophe que Theologien. D’ailleurs, l’aduantage qu’ont les hommes par ſon incarnation en leur ſexe; (s’ils en peuuent tirer vn aduantage, veu cette neceſſité remarquée) eſt cõpenſé par ſa conception tres precieuſe au corps d’vne femme, par l’entiere perfection de cette femme, vnique à porter nom de parfaicte entre toutes les creatures purement humaines, depuis la cheute de nos premiers parens, & par ſon aſſumption vnique en ſuiect humain auſſi.

Finalement ſi l’Eſcripture a declaré le mary, chef de la femme, la plus grande ſottiſe que l’homme peuſt faire, c’eſt de prendre cela pour paſſedroict de dignité. Car veu les exemples, aucthoritez & raiſons nottées en ce diſcours, par où l’egalité des graces & faueurs de Dieu vers les deux eſpeces ou ſexes eſt prouuée, voire leur vnité meſme, & veu que Dieu prononce: Les deux ne ſeront qu’vn: & prononce encores: L’hõme quittera pere & mere pour ſuiure ſa femme; il paroiſt que cette declaration n’eſt faicte que par le beſoin expres de nourrir paix en mariage. Lequel beſoin requeroit, ſans doubte, qu’vne des parties cédaſt à l’autre, & la preſtance des forces du maſle ne pouuoit pas ſouffrir que la ſoubmiſſiõ vĩt de ſa part. Et quand bien il ſeroit veritable, ſelon que quelques vns maintiennent, que cette ſoubmiſſion fut imposée à la femme pour chaſtiement du peché de la pomme: cela encores eſt bien eſloigné de conclure à la pretendue preferance de dignité en l’homme. Si lon croioit que l’Eſcripture luy commendaſt de ceder à l’homme, comme indigne de le contrecarrer, voyez l’abſurdité qui ſuiuroit: la femme ſe treuueroit digne d’eſtre faicte à l’image du Createur, de iouyr de la treſſaincte Eucariſtie, des myſteres de la Redemptiõ, du Paradis & de la viſion voire poſſeſſion de Dieu, non pas des aduantages et priuileges de l’homme: ſeroit ce pas declarer l’homme plus precieux & releué que telles choſes, & partant commettre le plus grief des blaſphemes?

FIN.

L’IMPRIMEVR A RANGÉ
ces vers icy pour emplir le reſte
de la feuille.