4.3. Edition traditionnelle et édition électronique

Depuis trente ans, la chaîne traditionnelle de l'édition est soumise à de nombreux bouleversements.

Dans les années soixante-dix, le marché de l'imprimerie traditionnelle avait d'abord été ébranlé par l'apparition des machines de photocomposition. Le coût de l'impression a ensuite continué de baisser avec les procédés d'impression assistée par ordinateur, les photocopieurs, les photocopieurs couleur et le matériel d'impression numérique. L'impression est maintenant souvent assurée à bas prix par des ateliers de PAO (publication assistée par ordinateur) et des entreprises d'arts graphiques. La numérisation a également accéléré le processus de rédaction, puisque le rédacteur, le concepteur artistique et le personnel chargé de la mise en page peuvent maintenant travailler simultanément sur le même ouvrage.

Au Royaume-Uni, les fonctions de correction d'épreuves et de rédaction s'effectuent désormais à domicile, le plus souvent par des travailleurs qui ont pris le statut d'indépendants par suite de fusions d'entreprises, délocalisations ou licenciements. "Or cette forme d'emploi tient plus du travail précaire que du travail indépendant, car ces personnes n'ont que peu d'autonomie et sont généralement tributaires d'une seule maison d'édition", analysait Peter Leisink, professeur associé d'études sociales à l'Université d'Utrecht (Pays-Bas) lors du Colloque sur la convergence multimédia de janvier 1997 à Genève.

Pour la publication d'ouvrages et de périodiques éducatifs et scientifiques, dans lesquels l'information la plus récente est primordiale, la numérisation conduit à repenser complètement la signification même de publication, et à s'orienter vers une diffusion en ligne qui rend beaucoup plus facile les réactualisations régulières. Autre exemple, les universités américaines diffusent des manuels "sur mesure" composés d'un choix de chapitres sélectionnés dans une très importante base de données, choix complété par des articles et par les commentaires des professeurs. Pour un séminaire, un très petit tirage peut être effectué à la demande à partir de textes scientifiques transmis par voie électronique à un imprimeur.

Dans L'édition savante à l'ère de la bibliothèque virtuelle: publication d'un livre en SGML sur le World Wide Web, mémoire de maîtrise en bibliothéconomie et sciences de l'information (MBSI) de l'Université de Montréal (Québec) daté de novembre 1996, Guy Teasdale démontre les avantages de l'édition électronique pour les presses universitaires. Il présente les implications de l'édition électronique sur le Web tout en examinant les rôles et intérêts respectifs du bibliothécaire et de l'éditeur dans l'édification de la bibliothèque numérique. Suite à la crise affectant la publication d'ouvrages spécialisés par les presses universitaires, il voit l'édition électronique sur Internet comme la solution pour alimenter les bibliothèques universitaires et de recherche.

L'avenir de l'édition électronique est également lié à la manière dont pourra être résolu le paiement du droit d'auteur sur le Web. L'Association of American Publishers (AAP) par exemple travaille à un nouveau système d'identification d'un objet numérique, appelé DOI System (DOI: digital object identifier), dont le but est à la fois d'identifier le document soumis au copyright et de relier l'usager aux propriétaires du copyright.

Il est vraissemblable que, pendant plusieurs années, l'édition électronique et l'édition traditionnelle seront complémentaires, comme seront complémentaires les librairies en ligne et les librairies traditionnelles, ou bien les cyberbibliothèques et les bibliothèques traditionnelles. Il reste toujours pratique d'avoir la version papier d'un livre ou d'un magazine pour lire sur son divan, dans son lit, au café, dans une salle d'attente, dans un train ou dans un avion. Par contre, à terme, les fonctions de l'édition traditionnelle devront certainement être redéfinies en profondeur face au développement de l'édition électronique et aux immenses perspectives que celle-ci représente, à commencer par sa rapidité d'accès et son coût.

Concernant la fiscalité, un accord-cadre entre les Etats-Unis et l'Union européenne a été conclu en décembre 1997, et cet accord devrait être suivi d'une convention internationale. Internet est considéré comme une zone de libre-échange, c'est-à-dire sans droits de douane pour les logiciels, les films et les livres électroniques achetés sur le réseau. Les biens matériels et autres services sont soumis au régime existant, avec perception de la TVA (taxe sur la valeur ajoutée) par exemple sans droits de douane supplémentaires.

4.4. Les auteurs ont-ils encore besoin des éditeurs?