Dans Cyberplanète : notre vie en temps virtuel, passionnant ouvrage de Philip Wade et Didier Falkand (Paris, éditions Autrement, 1998), il est indiqué que les Etats-Unis installent 6.000 kilomètres de fibre optique par jour. A ce rythme, il leur faudra 890 ans et 700 milliards de dollars d'investissement pour remplacer tous les fils de cuivre du téléphone. Pour une opération similaire, le Japon aurait besoin de quinze ans et 500 milliards de dollars.

Afin d'accélérer les échanges de données sur le réseau, on envisage donc maintenant d'installer des satellites en orbite basse d'ici l'an 2002. Situés à moins de 2.000 km d'altitude, ces satellites auront un temps de réponse de vingt millisecondes, correspondant à celui d'un câble à fibre optique. Plusieurs programmes ont été mis en place pour travailler à ce projet, dont le programme européen Skybridge et ceux de ses concurrents américains Celestru et Teledesic.

Techniquement parlant, on s'interroge souvent sur la place de l'Europe dans le développement d'Internet. A la question posée en décembre 1997 par Pierre Ruetschi, journaliste à la Tribune de Genève: "Pourquoi l'Europe a-t-elle accumulé un tel retard sur les Etats-Unis en matière de présence et de développement sur l'Internet? Et peut-elle rattraper ce retard?", Tim Berners-Lee, président du World Wide Web Consortium, répondait en expliquant l'avance des Etats-Unis par les importants investissements faits par l'Etat. Il insistait aussi sur l'avance technologique de l'Europe sur les Etats-Unis dans plusieurs domaines: Minitel, cartes à puce, téléphones cellulaires, etc.

Il est vrai que la France fut un pays pilote avec l'utilisation intensive du Minitel par un quart de sa population. Développé par France Télécom, le Minitel est un terminal permettant la consultation de serveurs à domicile, consultation qui fut fortement encouragée par l'Etat français puisqu'il distribua gratuitement des millions de terminaux. L'opération Minitel fut un succès, contrairement à des opérations similaires menées dans d'autres pays (Prestel en Angleterre, BX en Allemagne ou Alex au Canada) qui, elles, ne remportèrent pas le succès escompté. Même s'il est technologiquement limité, le Minitel est "tout ce qu'Internet doit encore devenir", expliquait Bruno Guissani dans le quotidien Libération du 5 décembre 1997. "Le coût de l'équipement est proche de zéro. Le système permet des transactions sûres et légalement fiables. Il garantit un bon degré de protection personnelle (privacy). Il est simple à utiliser. Et il génère des revenus tant pour ses opérateurs que pour les marchands qui s'y aventurent."

La plupart des serveurs disponibles sur Minitel le sont maintenant également sur le Web, avec les avantages qu'offrent une consultation meilleur marché (le prix d'une communication téléphonique locale), la facilité de navigation et les possibilités du multimédia.

Dans les foyers, la consultation du Minitel va bientôt être rempacée par celle d'Internet. Alcatel, firme française qui fut l'une des bénéficiaires du succès du Minitel, compte mettre le successeur du Minitel sur le marché en 1999. Muni d'un écran couleur et fonctionnant en langage Java, ce téléphone permettra de naviguer en direct sur Internet. Il sera équipé d'un modem de 33,6K (kilobits par seconde) ou d'une carte RNIS (réseau numérique à intégration de services), ainsi que d'un lecteur de carte bancaire permettant les paiements sécurisés. Cet équipement coûtera environ 3.000 FF.

2.2. Concepts de base

Sur le site de l'Internet Society, organisme professionnel international coordonnant et promouvant le développement d'Internet, The Brief History of Internet propose d'Internet une triple définition. Internet est : 1) un instrument de diffusion internationale, 2) un mécanisme de diffusion de l'information, 3) un moyen de collaboration et d'interaction entre les individus et les ordinateurs, indépendamment de leur situation géographique.

Selon ce document, bien plus que toute autre invention (télégraphe, téléphone, radio ou ordinateur), Internet a révolutionné de fond en comble le monde des communications. Il représente un des exemples les plus réussis d'interaction entre un investissement soutenu dans la recherche et le développement de l'infrastructure de l'information, qui ont été l'objet d'un réel partenariat entre les gouvernements, les industries et les universités.

C'est le 24 octobre 1995 que le Federal Networking Council (FNC) accepte une résolution visant à proposer une définition développée en consultation avec les membres des communautés d'Internet et ceux des organismes défendant la propriété intellectuelle. Internet est donc défini comme un système d'information globale obéissant aux trois caractéristiques suivantes: 1) des adresses d'un type unique basées sur le protocope IP (Internet protocol) ou ses extensions, 2) des communications utilisant le TCP/IP (transmission control protocol / Internet protocol), ses extensions ou des protocoles compatibles, 3) la mise à disposition de services publics ou privés à partir de ces infrastructures.