= En quoi consiste exactement votre activité?

Le fait d'être étudiante me permet d'emprunter librement les chemins de traverse qu'il me tente d'explorer: psychologie cognitive, ingénierie linguistique, internet sont autant de domaines qui m'intriguent et qui me permettent d'adopter des points de vue différents sur le monde de la recherche et des études littéraires où j'ai été principalement formée.

Mes travaux de recherche ont pour objet la culture écrite (literacy) et les représentations linguistiques du seizième siècle français. Mon activité liée à l'informatique et à internet s'inscrit en grande partie dans une réflexion sur l'histoire des techniques intellectuelles. Elle intervient aussi dans mes recherches.

= En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?

Je suis avant tout une grande utilisatrice d'internet, pour mes recherches essentiellement. Je compte aussi poursuivre une activité entamée depuis peu (en collaboration avec Russon Wooldridge, professeur à l'Université de Toronto), qui concerne la publication de ressources littéraires en ligne, notamment pour le seizième siècle français.

D'autre part, le prosélytisme en matière d'outils informatiques pour la recherche littéraire me semble indispensable. Ce qui me préoccupe aujourd'hui: la diffusion de logiciels (d'analyse textuelle par exemple) menée parallèlement à une réflexion méthodologique sur leur utilisation. Un séminaire devrait se mettre en place à l'Ecole normale supérieure l'an prochain sur ces thèmes.

= Comment voyez-vous l'avenir?

L'avenir me semble prometteur en matière de publications de ressources en ligne, même si, en France tout au moins, bon nombre de résistances, inhérentes aux systèmes universitaire et éditorial, ne risquent pas de céder du jour au lendemain (dans dix-vingt ans, peut-être?). Ce qui me donne confiance, malgré tout, c'est la conviction de la nécessité pratique d'internet. J'ai du mal à croire qu'à terme, un chercheur puisse se passer de cette gigantesque bibliothèque, de ce formidable outil. Ce qui ne veut pas dire que les nouvelles pratiques de recherche liées à internet ne doivent pas être réfléchies, mesurées à l'aune de méthodologies plus traditionnelles, bien au contraire. Il y a une histoire de l'"outillage", du travail intellectuel, où internet devrait avoir sa place.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Oui, beaucoup.