Les instruments sont maintenant plus ou moins en place. Ils ne sont pas encore parfaits, mais on peut désormais naviguer sur le web en chinois, en japonais, en coréen, et dans de nombreuses autres langues qui n'utilisent pas l'alphabet occidental. Comme l'internet s'étend à des parties du monde où l'anglais est très peu utilisé, par exemple la Chine, il est naturel que ce soit le chinois et non l'anglais qui soit utilisé. La majorité des usagers en Chine n'a pas d'autre choix que sa langue maternelle.
Une période intermédiaire précède bien sûr ce changement. Une grande partie de la terminologie technique disponible sur le web n'est pas encore traduite dans d'autres langues. Et, comme nous nous en sommes rendus compte dans NetGlos, notre glossaire multilingue de la terminologie de l'internet, la traduction de ces termes n'est pas toujours facile. Avant qu'un nouveau terme ne soit accepté comme le terme correct, il y a une période d'instabilité avec plusieurs candidats en compétition. Souvent un terme emprunté à l'anglais est le point de départ et, dans de nombreux cas, il est aussi le point d'arrivée. On assiste finalement à l'émergence d'un vainqueur qui est ensuite utilisé aussi bien dans les dictionnaires techniques que dans le vocabulaire quotidien de l'usager non spécialiste. La dernière version de NetGlos est la version russe et elle devrait être disponible dans deux semaines environ (fin septembre 1998, ndlr). Elle sera sans nul doute un excellent exemple du processus dynamique en cours pour la russification de la terminologie du web.
4. La démocratie linguistique
Dans un rapport de l'Unesco du début des années 50, l'enseignement dispensé dans sa langue maternelle était considéré comme un droit fondamental de l'enfant. La possibilité de naviguer sur l'internet dans sa langue maternelle pourrait bien être son équivalent à l'âge de l'information. Si l'internet doit vraiment devenir le réseau mondial qu'on nous promet, tous les usagers devraient y avoir accès sans problème de langue. Le considérer comme la chasse gardée de ceux qui, par accident historique, nécessité pratique ou privilège politique, connaissent l'anglais, est injuste à l'égard de ceux qui ne connaissent pas cette langue.
5. Le commerce électronique
Bien qu'un web multilingue soit souhaitable sur le plan moral et éthique, un tel idéal ne suffit pas pour en faire une réalité dépassant les limites actuelles. De même que l'utilisateur non anglophone peut maintenant avoir accès à la technologie dans sa propre langue, l'impact du commerce électronique peut constituer une force majeure qui fasse du multilinguisme la voie la plus naturelle vers le cyberespace.
Les vendeurs de produits et services dans le marché virtuel mondial que devient l'internet doivent être préparés à faire face à un monde virtuel qui soit aussi multilingue que le monde physique. S'ils veulent réussir, ils doivent s'assurer qu'ils parlent bien la langue de leurs clients!
= Comment voyez-vous l'avenir?
Comme l'existence de notre organisme est liée à l'importance attachée aux langues, je pense que son avenir sera excitant et stimulant. Mais il est impossible de pratiquer l'autosuffisance à l'égard de nos réussites et de nos réalisations. La technologie change à une allure frénétique. L'apprentissage durant toute la vie est une stratégie que nous devons tous adopter si nous voulons rester en tête et être compétitifs. C'est une tâche qui est déjà assez difficile dans un environnement anglophone. Si nous ajoutons à cela la complexité apportée par la communication dans un cyberespace multilingue et multiculturel, la tâche devient encore plus astreignante. Probablement plus encore que par le passé, la coopération est aussi indispensable que la concurrence.
Les germes d'une coopération par le biais de l'internet existent déjà. Notre projet NetGlos a dépendu du bon vouloir de traducteurs volontaires de nombreux pays: Canada, Etats-Unis, Autriche, Norvège, Belgique, Israël, Portugal, Russie, Grèce, Brésil, Nouvelle-Zélande, etc. Je pense que les centaines de visiteurs qui consultent quotidiennement les pages de NetGlos constituent un excellent témoignage du succès de ce type de relations de travail. Les relations de coopération s'accroîtront encore à l'avenir, mais pas nécessairement sur la base du volontariat.