= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Incontestablement quand apparaissent mes propositions de mails ou de design de site sur le web. Quand je revois les préparatifs, les brouillons, et que je vois ce que ça donne, c'est comme un flash. Au fond, c'est le même plaisir lorsque sur des Napster ou Gnutella, on trouve enfin LE morceau introuvable qu'on avait perdu d'ouïe depuis dix ans, on le charge, on attend, 1%>50%>99%>file complete, on le lance. Raaaah…

= Et votre pire souvenir?

C'était au tout début, une de mes premières utilisations du médium. Je recherchais dans le cadre d'un projet des sites un peu rebelles, anarchisants, des trucs comme ça. Je tape "cyberpunk" dans Yahoo!, s'affiche la classique liste de sites. "Anarchy on the net, cyberpunk rock the web", ce genre… J'essaye d'en ouvrir quelques uns… Surprise! Un banner "NetNanny" m'interdit l'accès aux sites. Emanation d'un groupuscule de la "majorité morale" américaine, ce "NetNanny" s'autorisait à interdire les sites qui ne lui plaisent pas… Je ne l'ai plus jamais rencontré depuis, mais quelle saleté, ce truc. Enfin, à l'autre extrémité, il y a bien le procédé dit de "l'exit console" où, au moment de sortir d'un site, on vous "propose" une autre page, puis une autre, puis une autre, impossible de sortir. Ça, je n'en ai pas fait l'expérience, mais ça doit être hard. C'est d'ailleurs un procédé de site hard, ai-je lu quelque part…

*Entretien du 25 janvier 2001

La totalité de cet entretien est consacrée à l'e-book.

= Quel est votre sentiment sur l'e-book?

E-book, e-book, ai-je l'air d'utiliser un e-book, avec ses grands yeux qui me regarderaient dans la nuit? En voilà une accroche, isn't it? ("n'est-ce pas" pour les non-polyglottes…). Pour répondre à toute question à propos d'e-book, je n'ai qu'une seule envie, me laisser aller, j'écris sous pseudonyme… D'accord, pas me laisser aller au point de cette intro, un peu, disons, légère…, mais me laisser aller à un exercice auquel j'ai pris goût il y a peu, genre "j'ai testé pour vous…". Encore faut-il pour cela disposer de l'appareil dont on parle. Dites-moi donc, oui, vous aussi, là, ceux qui me lisez: qui possède un e-book? A part peut-être les quelques journalistes qui ont pu bénéficier des différents modèles quelque temps, au moment de leur sortie. Vous voyez… Donc, rabattons-nous sur ce qu'on en dit sur internet (quelques pages en français au hasard, ici, cette page assez bien faite, qui reprend tous les intervenants du secteur, Olympio.com, CyLibris.com et bien sûr 00h00.com). Examinons ce que j'en sais, et ce que je déduis des deux premiers, avec quelques raccourcis, pas la peine d'allonger la sauce. Puis, mais soyons un peu créateur, laissons-nous aller à quelques intuitions… Evidemment, cela va donner une série d'impressions sans doute pas très scientifiques, ni très documentées. Mais faute de grive, pour rester dans une comparaison avicole… Pourtant, cela fait plus d'un an qu'il est sorti, non, l'e-book? Il a fait la vedette du salon de Paris (oui, du livre, pas de l'automobile, qui s'appelle, lui, le mondial), il s'est invité à la foire du livre de Bruxelles (une foire…), il a été un peu éclipsé à celle de Francfort lors du rachat par Spielberg de l'idée du bouquin de Marc Lévy Et si c'était vrai, paru chez Laffont. On attend le film… ou l'e-book. A voir ce qui se vend sur le net, aux USA et en France, il doit y en avoir des e-books, à moins que ce ne soit l'effet Nasdaq d'avant la chute, des investissements en valorisation boursière, sur le futur, paraît-il. Qui pourrait nous dire si ça se vend? La Fnac annonce pour 2000 un excellent chiffre pour les e-books, Franklin aussi. Mais à voir les forums qui y sont consacrés (notamment celui de 00h00), ce secteur n'a pas l'air de décoller franchement…

= Quelle est la problématique?

L'e-book, en fait, pose tout simplement la problématique du terminal dédié… Sans être vraiment nouvelle, elle a été assez peu abordée pendant des années. Pour le terminal de lecture, quelques lignes dans un bouquin de SF de 1977 (La Stratégie Ender, de Orson Scott Card, prix Hugo 1986), sous forme d'ardoise "magique" pour élève studieux, l'auteur appelait cet objet "bureau"… On vient de loin. Pas la peine de faire de grandes recherches, le sujet a été assez peu mis en scène, quoi qu'on en dise. On le rencontre dans les Star Trek et autres Alien 4 où on montre des variantes de l'e-book, au milieu des années 90. Il faut dire que le formidable développement de la micro (merci messieurs Jobs, Allen, Gates et consorts) semblait avoir relégué la problématique du terminal dédié à la période jurassique du développement technologique. A quoi bon inventer le moindre de ces objets utiles à une seule application, alors que tout ce qu'il peut contenir ne représente que le quart du tiers de ce qu'un micro peut faire. Une seule application s'est imposée, liée à l'écran TV, c'est celle "dite" des jeux vidéo qui, elle, s'est largement répandue. De toute façon, les réseaux ne permettaient pas de charger de contenu… Et précisément, la problématique est une question de contenu, mais pas encore. D'ailleurs, pendant des années, le seul débouché des auteurs dans ce secteur a été… l'écriture de jeux vidéo! Depuis dix ans au moins, la micro plafonne. Quelques renouvellements d'appareils, toujours aussi peu pratiques sur les applications pointues puisqu'elles doivent tenir compte de l'ensemble de leurs applications. L'équipement des ménages s'essouffle, ceux qui se sont équipés le sont. Pour les autres, on pénètre le marché, beaucoup plus lentement. Et voici que se gonfle la bulle financière du Nasdaq… L'aubaine, les connexions permettent le contenu! En plus, la com(.com) éclate, processeurs hyperboostés, modems à bande de plus en plus large, start-up, téléphones portables… Tiens, le voilà enfin, le premier terminal dédié qui a éclaté, dépassant même le succès des jeux vidéo! La bulle financière, enfin, ce qu'il en reste, continue à l'exploiter jusqu'à la corde son téléphone portable. Et il donne à réfléchir aux autres secteurs. Organisateurs personnels, e-books, et autres lecteurs MP3 s'engouffrent dans la brêche. Même les jeux vidéo se chargent par internet, de nos jours. Le Nasdaq attend maintenant la langue pendante qu'on valide ces modèles économiques, qui ont déjà englouti des tombereaux de capitaux. Je crains que si en juin, on ne sent pas un sensible frémissement dans ces secteurs, ça ne chauffe sérieusement dans les start-up. Or, sans contenu, pas de marché, c'est le serpent monétaire qui se mord la queue. Tout le monde sait que le contenu met du temps à s'imposer. Qu'il faut tester des idées, prendre des risques, et s'attendre à ne pas s'attendre à celles qui s'imposeront. Qui avait prévu le boum du "texto" (SMS en Belgique), à l'arrivée des téléphones portables? 2 millions de ces petits messages qu'on envoie d'un téléphone portable à l'autre, ou depuis internet, circulent chaque jour en Belgique. Un véritable phénomène de société! Alors, qui va investir dans le contenu, ne fut-ce que pour tenter de reproduire ce hit? La voilà la question du contenu… Mais d'abord, quelles applications permettent de fréquenter des contenus sur les terminaux les plus adaptés? Cette question a un petit parfum de dernière chance. C'est qu'il ne faut pas espérer attirer Billancourt avec un soft inadapté. Je crois que voilà l'heure de mon fameux "j'ai testé pour vous".