= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
Je suis traducteur littéraire en français (ma langue maternelle) à partir principalement du roumain (et aussi de l'espagnol). Ayant traduit et adapté de nombreuses pièces de théâtre, j'ai également eu l'occasion de m'impliquer dans la mise en scène, et pas seulement des pièces que j'ai pu traduire ou adapter. Je fais des piges également pour plusieurs revues sur la Roumanie, sur le monde arabe et sur la langue française (notamment sur le site de l'Association pour la sauvegarde et l'expansion de la langue française - ASSELAF). Il m'arrive également de donner des cours d'arabe, langue que j'ai enseignée plusieurs années pour l'Éducation nationale française, pour ne pas perdre la main dans cette langue.
= En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?
Les contacts amicaux et professionnels, par courrier électronique donc, ainsi que la transmission de documents écrits ou d'images, mais assez peu de navigation.
= Comment voyez-vous l'avenir?
Sans grand changement, je crois, en ce qui me concerne (mais sait-on jamais?).
= Utilisez-vous encore beaucoup le papier?
J'utilise beaucoup le support papier car, quoique j'écrive la plupart du temps sur ordinateur, j'ai besoin d'imprimer pour me relire. Je lis les journaux. Je suis très attaché au livre comme objet et comme support de connaissance. Et en tout cas je fais partie de la chaîne qui les édite. Je viens même d'en publier un: Cîntece de alchimist / Chants d'achimiste de Teodor Mazilu, édition bilingue de poésie, traduite par mes soins (publiée aux éditions Crater à Bucarest).
= Les jours du papier sont-ils comptés?
Je pense que le papier a encore de très beaux jours devant soi. Mais il va resserrer une partie de sa gamme, naturellement, c'est-à-dire la recentrer. Je suis ravi que l'on économise ainsi la vie de milliers d'arbres, pour que certaines données d'intérêt variable ou à rotation rapide soient déviées sur les divers supports numériques. Par ailleurs, les journaux (non nécessairement les quotidiens) restent un moyen dit d'"information" plus digne de foi que la presse audio-visuelle: leur lecture est le moyen d'essayer de s'informer le moins passif, celui qui permet la meilleure distanciation par rapport à l'information (on se fait moins piéger par le matraquage télé). Il y a ensuite plus de diversité dans les titres, dans les opinions, et surtout il y a des journaux spécialisés (c'est même le seul moyen d'information susceptible d'être spécialisé). Le livre, enfin, me paraît aujourd'hui le lieu idéal de refuge des valeurs de l'esprit, celles qui ne sont pas frappées d'obsolescence par le progrès technique ou par les modes. Bref, le papier, c'est la lecture, et c'est la lecture libre.