= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux aveugles et malvoyants?

Il faut distinguer malvoyants et aveugles. Pour les malvoyants jusqu'à un certain degré, il est assez simple de prévoir des moyens de grossissement des caractères et des illustrations. Pour les aveugles, c'est une toute autre affaire. Il faut envisager des fichiers vocaux qui permettront à ces derniers d'accéder aux contenus des pages enregistrés oralement. Un simple avertissement sonore à l'entrée du site demanderait au handicapé visuel de frapper une touche et de lancer ainsi le "son" de la page. C'est une chose très facile à réaliser avec la technologie RealAudio ou autre.

= Comment définissez-vous le cyberespace?

C'est un espace de liberté pour l'imaginaire, une dimension inexplorée de la planète, une jungle et un paradis tout à la fois, où tout est possible même si tout n'est pas permis par l'éthique, où le contenu du portefeuille des intervenants n'a aucun rapport direct avec la valeur des contenus des sites. C'est avant tout une vaste agora, une place publique où l'on s'informe et où l'on informe.

Ça peut être également une place de foires et marchés, mais l'argent n'y a cours que très accessoirement, même si la possibilité de vendre en ligne est réelle et ne doit pas être négligée ni méprisée. Il n'y est pas la seule valeur de référence, contrairement au monde réel et, même dans les cas très médiatiques de start-up multimillionnaires, le rapport à l'argent n'est qu'une conséquence, la matérialisation d'espérances financières, très vite sanctionnée en cas d'ambitions excessives comme on le voit régulièrement sur le site Vakooler: Ki Vakooler aujourd'hui? (Qui va couler aujourd'hui?), après les envolées lyriques et délirantes des premiers temps.

A terme, je pense que le cyberespace restera un lieu beaucoup plus convivial que la société réelle.

= Et la société de l'information?

La société de l'information amène un recadrage des hiérarchies dans les rapports qui s'établissent entre les gens, de manière beaucoup plus naturelle, à partir des discussions en forums notamment. Dans la vie réelle, on est souvent influencé, voire impressionné, par les titres ou la largeur du bureau d'un interlocuteur "installé" dans le système. Sur le net, seuls comptent le sens contenu dans le propos et la manière de l'exprimer. On distingue très vite les véritables intelligences raffinées des clowns ou autres mythomanes. Une forme de pédagogie conviviale, non intentionnelle et surtout non magistrale, s'en dégage généralement qui profite au visiteur lambda, lequel parfois apporte aussi sa propre expérience. Tout ça laisse augurer d'une créativité multiforme, dans un bouillonnement commun à des milliers de cerveaux reliés fonctionnant à la manière d'une fourmilière. C'est non seulement un véritable moyen d'échange du savoir, mais de surcroît un moyen de l'augmenter en quantité, de l'approfondir, de l'intégrer entre différentes disciplines. Le net va rendre les gens plus intelligents en favorisant leur plus grande convivialité, en cassant les départements et domaines réservés de certains mandarins. Mais il est clair qu'il faudra aussi faire attention aux dérives que cette liberté implique.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

L'écriture d'une pièce de théâtre "carabinée" (genre chansons de carabins ;c)) en 1.300 alexandrins, avec un ami rencontré sur le net sans jamais l'avoir rencontré de visu. En symbiose complète avec un parfait inconnu, et une grande jubilation éprouvée à cette écriture à quatre mains.