*Entretien du 25 juillet 1999 (entretien original en anglais)

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

La nature de l'internet a profondément changé durant ces deux dernières années. Il n'est désormais plus possible de parler de manière idéaliste de son impact social ou politique: l'internet est devenu entièrement commercial, ce qui était aisément prévisible. Je l'ai toujours décrit comme une structure libérale et comme un marché de l'information. Cette main-mise du commerce est donc logique.

On dit souvent que l'internet s'apparente maintenant à la télévision. Son contenu est certainement déterminé par les forces du marché, et il consiste de plus en plus en un certain nombre de sites très volumineux qui proposent une quantité considérable d'informations. D'une certaine manière ceux-ci ressemblent à des chaînes de télévision, bien que cette métaphore ne soit pas tout à fait exacte.

= Comment voyez-vous l'évolution vers un web multilingue?

Le multilinguisme futur de l'internet est déterminé par les forces du marché. A présent il n'existe pas de volonté politique d'imposer le multilinguisme. Le fait d'avoir des informations dans plusieurs langues correspond à un intérêt commercial, au moins pour l'Europe. Par contre, pour les différentes langues de l'Afrique, il n'existe pas de potentiel économique.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Je ne me fais aucune illusion sur l'internet. Il ne me vient à l'esprit aucune exception à citer.

= Et votre pire souvenir?

La pire chose que j'aie vue récemment sur l'internet est le fait que des milliers de personnes aient ajouté le logo de la radio B92 de Belgrade sur leur site, sans se poser de questions sur la nature de cette radio ni sur la politique qu'elle représentait. En fait cette radio émettait déjà d'un avion de l'OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique Nord). La campagne menée montre combien il est facile de manipuler le public de ce nouveau médium.