La "toile", c'est celle du peintre, c'est aussi l'autre nom d'internet: le web - la toile d'araignée. "Sanguine" évoque le dessin et la mort brutale. Mais l'amour des couleurs justifierait-il le meurtre? Sanguine sur toile évoque l'histoire singulière d'un internaute pris dans la tourmente de son propre ordinateur, manipulé à distance par un très mystérieux correspondant qui n'a que vengeance en tête.
J'ai voulu emporter le lecteur dans les univers de la peinture et de l'entreprise, univers qui s'entrelacent, s'échappent, puis se rejoignent dans la fulgurance des logiciels. Le lecteur est ainsi invité à prendre l'enquête à son propre compte pour tenter de démêler les fils tressés par la seule passion. Pour percer le mystère, il devra répondre à de multiples questions. Le monde au bout des doigts, l'internaute n'est-il pas pour autant l'être le plus seul au monde? Compétitivité oblige, jusqu'où l'entreprise d'aujourd'hui peut-elle aller dans la violence? La peinture tend-elle à reproduire le monde ou bien à en créer un autre? Enfin, j'ai voulu montrer que les images ne sont pas si sages. On peut s'en servir pour agir, voire pour tuer.
= Quelle est la place de l'internet dans ce roman?
Dans le roman, internet est un personnage en soi. Plutôt que de le décrire dans sa complexité technique, le réseau est montré comme un être tantôt menaçant, tantôt prévenant, maniant parfois l'humour. N'oublions pas que l'écran d'ordinateur joue son double rôle: il montre et il cache. C'est cette ambivalence qui fait l'intrigue du début à la fin. Dans ce jeu, le grand gagnant est bien sûr celui ou celle qui sait s'affranchir de l'emprise de l'outil pour mettre l'humanisme et l'intelligence au-dessus de tout.
= Quel est le thème du dossier: Internet: anges et démons!, dont vous êtes à l'origine?
La revue Cultures en mouvement, à laquelle je participe périodiquement, m'a demandé en avril 1999 de diriger un dossier spécial sur la cyberculture. J'ai donc réuni les spécialistes de disciplines très différentes comme un économiste, un sociologue, un psychiatre, un artiste, un responsable d'association,… pour parler d'internet. Nous sommes vite tombés d'accord sur un point essentiel: internet apporte le meilleur comme le pire. Nous avons donc appelé le dossier: Internet: anges et démons! L'ensemble des articles a été publié dans le magazine et dans le même temps nous avons ouvert un site hébergé alors sur place-internet.com. Des articles dans la presse ont salué ce site qui parle d'internet sans frénésie et avec un recul salutaire.
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
J'ai passé une vingtaine d'années chez Bull. Là, j'ai participé à toutes les aventures de l'ordinateur et des télécommunications, j'ai été représentant des industries informatiques à l'ISO(Organisation internationale de normalisation), et chairman du groupe réseaux du consortium X/Open. J'ai connu aussi les tout débuts d'internet avec mes collègues de Honeywell aux Etats-Unis (fin 1978). Je suis actuellement consultant en systèmes d'information chez EdF/GdF où je m'occupe de la bonne marche des grands projets informatiques dans ces entreprises et dans leurs filiales internationales. Et j'écris. J'écris depuis mon adolescence. Des nouvelles (plus d'une centaine), des essais psycho-sociologiques (La gourmandise du tapir et La démocratie de la solitude), des articles et des romans. C'est à la fois un besoin et un plaisir jubilatoire.
= Dans quelle mesure l'internet a-t-il changé votre vie professionnelle?
Comme je suis tombé dans la marmite tout jeune, je n'ai pas l'impression d'avoir été affecté par le phénomène. J'ai un recul suffisant pour reconnaître les erreurs que j'ai pu commettre avec cet outil et pour prévenir de son usage en évitant le syndrome de l'ancien combattant.