En 1123, le premier Concile de Latran interdit aux abbés et aux moines d’exercer leur ministère dans une paroisse. Le curé et son chapelain devinrent des prêtres séculiers. En 1157, Richard de Bohon, évêque de Coutances, remit à Robert de Torigni, abbé du Mont Saint-Michel, le libre personat de l’église de Saint-Pair, c’est-à-dire le droit de la faire desservir par un prêtre de son choix. En 1179, Robert de Torigni obtint du Pape Alexandre III la confirmation des prérogatives accordées à son monastère. Toutefois le pape, pour maintenir les règles de droit canonique, subsistua au libre personat de 1157 le droit de patronage. L’abbé du Mont présentait à l’évêque un prêtre choisi par lui. [3]

Au 12e siècle, le bourg de Saint-Pair était devenu le centre du doyenné et de la baronnie du même nom. Une nouvelle construction remplaça l’église qui avait été édifiée au 10e ou 11e siècle à l’emplacement de l’oratoire primitif.

= La baronnie de Saint-Pair

La baronnie de Saint-Pair était l’un des fiefs de l’abbé du Mont Saint-Michel. Elle avait été donnée à l’abbaye du Mont en 1022 par le duc Richard II, avec les baronnies d’Ardevon et de Genêts. La charte de cette donation figure dans le Cartulaire du Mont: “Ego… Ricardus… panas inferni cupiens effugere et paradysi gaudia desiderans habere trado loco S. Archangeli Michaelis sito in monte qui dicitur Tumba abbatiam S. Paterni sitam in pago Constantino quae terminatur ab oriente via publica tendenta Constancias, a septentrione rivulo Tarn, ab occasu mari Oceano cum insula qui dicitur Calsoi, cum terris cultis et incultis, cum ecclesiis et malendinis, cum pratis et silvis…” [4]

Le domaine de la baronnie était délimité par la Venlée au nord, par la voie montoise reliant Coutances à Avranches à l’est, par le Thar au sud et par l’océan à l’ouest. Mais le domaine de la baronnie ne s’arrêtait pas au rivage. Il comprenait de nombreuses pêcheries qui traçaient une ligne à un kilomètre environ des dunes et formaient une sorte de digue depuis La Roche-Gautier jusqu’à la pointe de Carolles. Il comprenait aussi des moulins sur le Thar et son affluent. [5]

= Le doyenné de Saint-Pair

Le doyenné de Saint-Pair était plus étendu au nord que la baronnie. Au 13e
siècle, il comprenait 24 paroisses: les paroisses de Bréhal, Coudeville,
Saint-Aubin-des-Préaux, Saint-Pair, Bourey, Granville, Saint-Ursin, La Beslière,
Le Mesnil-Drey, Hocquigny, Saint-Planchers, Saint-Jean-des-Champs, Saint-Léger,
Hudimesnil, Anctoville, Bréville, Donville, Longueville, Yquelon,
Sainte-Marguerite, Bricqueville-sur-Mer, Saint-Martin-le-Vieux, Le Loreur et
Chanteloup. La paroisse de Saint-Sauveur-la-Pommeraye fut ajoutée au 14e siècle.
[6]

Au 13e siècle, la dîme était partagée entre le seigneur patron, qui était l’abbé
du Mont Saint-Michel, et le curé. Le Pouillé (1251-1279 environ) cité par
Léopold Delisle mentionne ceci: “Ecclesia Sancti Paterni – Patronus, abbas
Montis, percipit omnis garbas et duas partes decimae piscium; rector, residuum.
Et valet L libras. Abbas Montis, L libras.” [7]

#Les fouilles archéologiques

En septembre 1875, des fouilles menées par l’abbé F. Baudry dans le choeur de l’église ont permis de retrouver une partie des fondations de l’oratoire du 6e siècle et plusieurs sarcophages (plan 4).