L’arcade du portail (voir le schéma) est formée de trois voussures: une voussure au cintre surbaissé et deux voussures en plein-cintre surmontées d’une archivolte.
La première voussure est moulurée d’un épais tore d’angle suivi d’un listel puis d’un large cavet orné de gros besants légèrement renflés. Elle est surmontée de quelques blocs de granit de taille régulière.
La deuxième voussure est moulurée d’un épais tore d’angle alors que la troisième est moulurée de deux tores encadrant un listel.
L’archivolte est un cordon saillant orné de dents-de-scie en fort relief sculptées en creux d’une rangée de bâtons brisés. Elle repose de part et d’autre de l’arcade sur deux têtes sculptées aux traits fins et bien dessinés.
Les trois voussures reposent sur six colonnettes engagées par l’intermédiaire d’une imposte moulurée d’un cavet. La partie supérieure de l’imposte, carrée, est ornée d’une petite moulure en creux. L’imposte se prolonge légèrement pour surmonter les deux pilastres encadrant l’ensemble.
Les colonnettes (voir le schéma) présentent toutes le même profil. La corbeille sculptée des chapiteaux est surmontée d’un tailloir carré. Leur base carrée est surmontée de deux tores entourant une scotie.
Les corbeilles sont sculptées de motifs variés: feuilles de chêne, feuilles d’acanthe très simplifiées, volutes encadrant une feuille d’acanthe à l’angle, volutes d’angle. Ces sculptures, taillées en fort relief dans le granit, sont le fruit d’un travail soigné. Elles sont beaucoup plus élégantes que les sculptures des chapiteaux romans vus partout ailleurs dans la région.
= Datation
Ce portail date sans doute de la seconde moitié du 12e siècle. Il présente une archivolte semblable à celles du portail occidental d’Yquelon et de la porte sud de Bréville. Or les églises d’Yquelon et de Bréville sont des édifices romans de la seconde moitié du 12e siècle. Les moulurations de la voussure au cintre surbaissé - un tore d’angle suivi d’un listel puis d’un cavet peu profond - dénotent l’influence exercée par l’église de Saint-Loup, édifice du début du 12e siècle qui a été le départ d’une petite école régionale.
Ce portail présente une facture bien supérieure à celle des autres portails romans de la région, dont il rassemble tous les éléments. Les moulurations des voussures et de l’archivolte et les sculptures des corbeilles des chapiteaux sont le fruit d’un travail soigné dans un matériau difficile à travailler du fait de son extrême dureté. Le portail de Sartilly est à juste titre considéré comme le plus beau portail roman de la région.