24. Index
1. INTRODUCTION
Le développement de l'internet depuis quelques années, la généralisation des livres numériques (versions numérisées d'un livre) depuis trois ans et l'apparition des livres électroniques (appareils de lecture permettant de lire à l'écran des livres numériques) depuis quelques mois amènent de profonds changements dans le monde du livre.
Le grand vecteur du numérique est le web, qui est la partie visible de l'iceberg et joue souvent le rôle de vitrine. S'il est peut-être contaminé par l'emprise des multinationales, le web n'en est pas moins devenu une gigantesque encyclopédie, une énorme bibliothèque, une immense librairie et un organe de presse des plus complets. Il est aussi une discothèque, une vidéothèque et une artothèque. Le web est relayé par les autres services procurés par l'internet, à commencer par le courrier électronique, les listes de diffusion, les forums de discussion, etc. A ceci s'ajoutent un certain nombre de services purement informatiques, notamment la production de textes électroniques sous diverses formes et divers formats, et la numérisation des oeuvres imprimées en mode texte et en mode image.
Le numérique secoue durement le monde de l'imprimé, réputé jusque-là pour sa stabilité. Le livre n'est pas menacé pour autant, loin s'en faut, mais il se convertit: publication de livres en version numérique, avec impression uniquement à la demande, oeuvres multimédias et hypermédias, éditeurs électroniques, librairies en ligne, bibliothèques numériques, dictionnaires et encyclopédies en ligne, logiciels de traduction automatique, appareils de lecture de la taille d'un livre, etc.
Point n'est besoin de pleurer la mort du papier. On a désormais deux supports (papier et numérique) au lieu d'un (papier). Plutôt que de se lamenter sur le bon (?) vieux temps, beaucoup ont choisi d'explorer les avantages du numérique. Cependant, jusque-là, peu de professionnels sont devenus des adeptes du "zéro papier". Le plus souvent, l'imprimante reste la fidèle compagne de l'ordinateur. Certains s'accordent à dire qu'ils n'ont jamais autant imprimé. Tous reconnaissent l'utilité du numérique pour ses qualités pratiques, mais restent amoureux du papier et de l'imprimé pour le plaisir de l'objet.
Le livre imprimé a cinq siècles et demi. Le livre numérique est plus difficile à dater. Si on le considère comme un texte électronique, il aurait trente ans et serait né avec le Projet Gutenberg, créé par Michael Hart en 1971 alors qu'il était étudiant à l'Université d'Illinois, pour répandre le plus largement possible les oeuvres du domaine public sous la forme de documents électroniques au format texte. Si on le réduit à son aspect commercial, le livre numérique n'aurait que trois ans et serait né en mai 1998 avec la mise en vente des premières versions numériques commercialisées par les éditions 00h00.com.
La boucle semble maintenant bouclée, ou plus exactement l'imprimé et le numérique se sont maintenant rejoints puisque, depuis le 23 novembre 2000, la version numérique de la Bible de Gutenberg, premier ouvrage à avoir jamais été imprimé (en 1454-1455) est en accès libre sur le site de la British Library, soit très exactement 546 ans plus tard. Dans quelques années, il deviendra probablement ridicule de distinguer l'imprimé du numérique, si ce n'est pour choisir un support, et ceci d'autant plus quand le papier électronique deviendra monnaie courante.
Comment s'effectue le passage vers le numérique pour les différents acteurs du monde du livre: écrivains, journalistes, éditeurs, libraires, bibliothécaires, documentalistes, traducteurs, chercheurs, professeurs, linguistes, etc.? Quel usage font-ils de l'internet? Comment voient-ils l'avenir? Utilisent-ils encore beaucoup l'imprimé? Quelle est leur opinion sur le livre électronique? Que pensent-ils des débats en cours sur le respect du droit d'auteur sur l'internet? Quels avantages voient-ils à la multiplicité des langues sur le web? Comment définissent-ils le cyberespace et la société de l'information?
Pour des raisons pratiques, dans les pages qui suivent, on utilisera l'expression "professionnels du livre" pour englober tous ces acteurs. "Professionnels de l'imprimé" n'est plus très opportun à l'ère du numérique. "Professionnels de l'information et de la documentation" est un peu long, de même que "professionnels du livre et de la presse". Comme l'internet fait partie de notre vie quotidienne depuis plusieurs années maintenant, on a choisi de ne plus lui attribuer de majuscule mais de le considérer comme un nom commun. La même remarque vaut pour "net", "web" et "réseau".