[10.1. Qu'apporte l'internet aux librairies "classiques"? / Un exemple: les librairies de voyage / Autre exemple: les librairies d'ancien // 10.2. Les librairies en ligne // 10.3. Les premières librairies numériques / L'exemple de Numilog]

10.1. Qu'apporte l'internet aux librairies "classiques"?

A titre d'exemple, on a choisi ici deux catégories de librairies: les librairies de voyage et les librairies d'ancien.

= Un exemple: les librairies de voyage

Au coeur de Paris, dans l'île Saint-Louis, la librairie Ulysse propose plus de 20.000 livres, cartes et revues neufs et anciens sur tous les pays et pour tous les voyages. Créée en 1971 par Catherine Domain, elle est à l'époque la première librairie au monde uniquement consacrée aux voyages. Sur le site web de la librairie, Catherine Domain raconte: "Au terme de dix années de voyages sur tous les continents, je me suis arrêtée, en 1970, et me suis dit: 'Que vais-je bien pouvoir faire pour vivre?' Consciente de la nécessité de m'insérer dans une société d'une façon ou d'une autre, j'ai procédé à un choix par déduction et par le refus d'avoir patron et employé. Me souvenant de mes grand-pères, l'un navigateur au long cours, l'autre libraire en Périgord, et constatant que j'étais obligée de visiter une quinzaine de librairies avant de trouver la moindre documentation sur un pays aussi proche que la Grèce, une 'librairie de voyage' s'est imposée à mon esprit, entre Colombo et Surabaya, au cours d'un tour du monde."

Catherine Domain n'a pas pour autant abandonné les voyages. Elle est à la fois membre du SLAM (Syndicat national de la librairie ancienne et moderne), du Club des explorateurs et du Club international des grands voyageurs. Elle a fondé le Cargo Club, un club de rencontre pour les passionnés de la mer, et le Club Ulysse des petites îles du monde. Elle a visité à ce jour 141 pays et les voyages la tenaillent toujours. En 1998, elle explore à la voile les îles du Kiribati et les îles Marshall, au milieu du Pacifique. En 1999, en tant que membre du jury du Prix du livre insulaire, elle fait une escale à Ouessant, puis elle fait le tour de la Sardaigne à la voile. En l'an 2000, toujours à la voile, elle visite la Croatie pendant un mois. De nouveau membre du jury du Prix du livre insulaire, elle refait escale à Ouessant et aussi à l'île de Sein.

En 1999, Catherine Domain se lance dans une expérience autrement plus ingrate, qui est la réalisation d'un site web. "Mon site est embryonnaire et en construction, écrit-elle, il se veut à l'image de ma librairie, un lieu de rencontre avant d'être un lieu commercial. Il sera toujours en perpétuel devenir! Internet me prend la tête, me bouffe mon temps et ne me rapporte presque rien mais cela ne m'ennuie pas… Pour qu'internet marche, il faut ne faire que ça ou avoir des 'esclaves'. Je ne veux ni l'un ni l'autre. Je n'ai pas une âme de patron mais d'artisan, et j'attrape vite la bougeote et mal aux yeux." Elle est très pessimiste sur l'avenir de sa librairie: "Internet tue les librairies spécialisées. En attendant d'être dévorée, je l'utilise comme un moyen d'attirer les clients chez moi, et aussi de trouver des livres pour que ceux qui n'ont pas encore internet chez eux! Mais j'ai peu d'espoir…"

Autre librairie de voyage, située à Paris dans l'ancien quartier des Halles, la librairie Itinéraires rassemble tous les ouvrages permettant de préparer, accompagner et prolonger un voyage: guides, cartes, manuels de conversation, reportages, récits de voyage, livres de cuisine, livres d'art et de photographie, ouvrages d'histoire, de civilisation, d'ethnographie, de religion et de littérature étrangère, et cela pour plus de 160 pays et 250 destinations.

Comment la librairie en est-elle venue à utiliser le minitel puis l'internet? "Dès 1985, nous avons créé une base de données avec classement des ouvrages par pays et par thèmes, écrit Hélène Larroche en juin 1998. Il y a un peu plus de trois ans (début 1995), nous avons rendu la consultation de notre catalogue possible sur minitel et nous effectuons aujourd'hui près de 10% de notre chiffre d'affaires avec la vente à distance. Passer du minitel à internet nous semblait intéressant pour atteindre la clientèle de l'étranger, les expatriés désireux de garder par les livres un contact avec la France et à la recherche d'une librairie qui 'livre à domicile' et bien sûr les 'surfeurs sur le net', non minitélistes. La vente à distance est encore trop peu utilisée sur internet pour avoir modifié notre chiffre d'affaires de façon significative. Internet a cependant eu une incidence sur le catalogue de notre librairie, avec la création d'une rubrique sur le web, spécialement destinée aux expatriés, dans laquelle nous mettons des livres, tous sujets confondus, qui font partie des meilleures ventes du moment ou/et pour lesquels la critique s'emballe. Nous avons toutefois décidé de limiter cette rubrique à 60 titres quand notre base en compte 13.000. Un changement non négligeable, c'est le temps qu'il faut dégager ne serait-ce que pour répondre au courrier que génèrent les consultations du site. Outre le bénéfice pour l'image de la librairie qu'internet peut apporter (et dont nous ressentons déjà les effets), nous espérons pouvoir capter une nouvelle clientèle dans notre spécialité (la connaissance des pays étrangers), atteindre et intéresser les expatriés et augmenter nos ventes à l'étranger." En janvier 2000, elle mentionne "un net regain de personnes qui viennent à notre librairie après nous avoir découvert sur le web. C'est donc plutôt une clientèle parisienne ou une clientèle venue de province pour pouvoir feuilleter sur place ce que l'on a découvert sur le web. Mais l'expérience est très intéressante etnous conduit à poursuivre."

= Autre exemple: les librairies d'ancien