Sur une ancienne version de son site web (1998), la British Library définissait la bibliothèque numérique comme une entité résultant de l'utilisation des technologies numériques pour acquérir, stocker, préserver et diffuser des documents qui sont soit publiés directement sous forme numérique, soit numérisés à partir d'un document imprimé, audiovisuel ou autre. Une collection numérique devient une bibliothèque numérique quand elle répond aux quatre facteurs suivants: 1) elle peut être créée et produite dans un certain nombre d'endroits différents, mais elle est accessible en tant qu'entité unique, 2) elle doit être organisée et indexée pour un accès aussi facile que possible à partir du lieu de base où elle est produite, 3) elle doit être stockée et gérée de manière à avoir une existence assez longue après sa création, 4) elle doit trouver un équilibre entre le respect du droit d'auteur et les exigences universitaires.

Choisies pour leur intérêt et leur variété, voici quelques expériences: le Projet Gutenberg, projet pilote en ligne depuis 1991 (11.1.1); The On-Line Books Page (11.1.2), en ligne depuis 1993; la Bibliothèque électronique de Lisieux, en ligne depuis 1996 (11.1.3); la médiathèque de Institut Pasteur, en ligne depuis 1996 (11.1.4); le centre de documentation de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), en ligne interne depuis 1996 (11.1.5); le centre de documentation de l'Institut d'études politiques (IEP) de Grenoble, en ligne depuis 1998 (11.1.6); la bibliothèque de l'Ecole nationale supérieure de statistique et d'économie appliquée (ENSEA) d'Abidjan, en ligne depuis 1999 (11.1.7) ; l'association Juriconnexion (documentation juridique), en ligne depuis 1999 (11.1.8); la médiathèque de l'Institut français de Londres, en ligne depuis 2000 (11.1.9)

= Le Projet Gutenberg

Projet pionnier, le Projet Gutenberg a inspiré bien d'autres bibliothèques numériques depuis. Il débute en 1971 quand Michael Hart, étudiant à l'Université d'Illinois, reçoit un compte de 100 millions de dollars de "temps machine" dans le laboratoire informatique (Materials Research Lab) de son université. Il décide aussitôt de consacrer ce crédit à la recherche et au stockage des oeuvres du domaine public disponibles dans les bibliothèques. Il décide aussi de stocker les textes électroniques de la manière la plus simple possible, au format ASCII, avec des lettres capitales pour les termes en italique, gras ou soulignés, afin qu'ils puissent être lus sans problème quels que soient la machine et le logiciel utilisés. Peu après, il définit la "mission" du Projet Gutenberg: mettre à la disposition de tous le plus grand nombre possible d'oeuvres du domaine public. Travailleur acharné, il décide de dédier toute sa vie à son projet, qu'il voit comme étant à l'origine d'une révolution néo-industrielle.

Lorsque l'utilisation du web se généralise, le projet trouve un second souffle, et un rayonnement international. Les collections se chiffrent maintenant à 3.700 oeuvres (chiffres de juillet 2001) qui, au fil des années, ont été patiemment numérisées en mode texte par des volontaires de nombreux pays (600 volontaires actifs en 2000). Un total de 1.000 nouveaux livres devrait être traité en 2001. Cinquante heures environ sont nécessaires pour sélectionner, scanner, corriger et mettre en page un texte électronique. Un ouvrage de taille moyenne - par exemple un roman de Stendhal ou de Jules Verne - est composé de deux fichiers ASCII. Si certains documents anciens sont parfois saisis ligne après ligne, le plus souvent parce que le texte original manque de clarté, les oeuvres sont en général scannées en utilisant un logiciel OCR (optical character recognition), puis elles sont relues et corrigées à double reprise, parfois par deux personnes différentes. D'abord essentiellement anglophones, les collections deviennent peu à peu multilingues.

"Nous considérons le texte électronique comme un nouveau médium, sans véritable relation avec le papier, explique Michael Hart. Le seul point commun est que nous diffusons les mêmes oeuvres, mais je ne vois pas comment le papier peut concurrencer le texte électronique une fois que les gens y sont habitués, particulièrement dans les établissements d'enseignement. (…) Ma carrière n'aurait pas existé sans l'internet, et le Projet Gutenberg n'aurait jamais eu lieu… Vous savez sûrement que le Projet Gutenberg a été le premier site d'information sur l'internet. Mon projet est de mettre 10.000 textes électroniques sur l'internet. Si je pouvais avoir des subventions importantes, j'aimerais aller jusqu'à un million et étendre aussi le nombre de nos usagers potentiels de 1,x% à 10% de la population mondiale, ce qui représenterait la diffusion de 1.000 fois un milliard de textes électroniques au lieu d'un milliard seulement. (…) J'introduis une nouvelle langue par mois maintenant, et je vais poursuivre cette politique aussi longtemps que possible."

= The On-Line Books Page

Autre projet pilote à l'époque, The On-Line Books Page répertorie plus de 12.000 textes électroniques d'oeuvres anglophones en accès libre sur le web. John Mark Ockerbloom, qui est à l'époque étudiant à l'Université Carnegie Mellon (Pittsburgh, Pennsylvanie), débute ce répertoire en 1993 dans le cadre du site web du département d'informatique, dont il est le webmestre.

"J'étais webmestre ici pour la section informatique du CMU (Carnegie Mellon University), et j'ai débuté notre site local en 1993, raconte John Mark Ockerbloom en septembre 1998. Il comprenait des pages avec des liens vers des ressources disponibles localement, et à l'origine The On-Line Books Page était une de ces pages, avec des liens vers des livres mis en ligne par des collègues de notre département (par exemple Robert Stockton, qui a fait des versions web de certains textes du Projet Gutenberg). Ensuite les gens ont commencé à demander des liens vers des livres disponibles sur d'autres sites. J'ai remarqué que de nombreux sites (et pas seulement le Project Gutenberg ou Wiretap) proposaient des livres en ligne, et qu'il serait utile d'en avoir une liste complète qui permette de télécharger ou de lire des livres où qu'ils soient sur l'internet. C'est ainsi que mon index a débuté. J'ai quitté mes fonctions de webmestre en 1996, mais j'ai gardé The On-Line Books Page, parce que, entre temps, je m'étais passionné pour l'énorme potentiel qu'a l'internet de rendre la littérature accessible au plus grand nombre. Maintenant il y a tant de livres mis en ligne que j'ai du mal à rester à jour (en fait j'ai beaucoup de retard). Mais je pense pourtant continuer cette activité d'une manière ou d'une autre. Je suis très intéressé par le développement de l'internet en tant que médium de communication de masse dans les prochaines années. J'aimerais aussi rester impliqué d'une manière ou d'une autre dans la mise à disposition gratuite pour tous de livres sur l'internet, que ceci fasse partie intégrante de mon activité professionnelle ou que ceci soit une activité bénévole menée sur mon temps libre."

John Mark Ockerbloom obtient son doctorat en informatique en 1998. En 1999, il rejoint le département des bibliothèques et de l'informatique de l'Université de Pennsylvanie, où il travaille à la R&D (recherche et développement) de la bibliothèque numérique. A la même époque, il transfère The On-Line Books Page dans cette bibliothèque numérique. La présentation est toujours la même et les mises à jour sont régulières.