Le premier tirage du quatrième tome est de 450.000 exemplaires, acheminés vers 4.500 points de vente en France, en Belgique et en Suisse. Les 50.000 exemplaires destinés au Québec (inclus dans les chiffres du premier tirage) sont imprimés sur place pour éviter le coût du transport et les délais de livraison. En France, quelques dizaines de librairies ouvrent exceptionnellement leurs portes dans la nuit du 28 au 29 novembre, avec achat du livre à partir de minuit et une minute. Le jour même de la sortie du livre, Gallimard annonce un deuxième tirage de 100.000 exemplaires.

Seule ombre au tableau, mais de taille: le prix du quatrième tome est de 19 euros, alors que les tomes précédents, publiés au format de poche, valent 5 euros. Gallimard publie aussi un coffret regroupant les quatre tomes, ainsi que Rencontre avec J.K. Rowling, un entretien de l'auteur avec Lindsey Fraser, critique de livres pour enfants. En partenariat avec France Culture, l'éditeur sort également l'audiobook du premier volume (Harry Potter à l'école des sorciers), lu par Bernard Giraudeau.

Pendant ce temps, J. K. Rowling protège âprement sa vie privée et travaille au cinquième tome, qui devrait s'intituler Harry Potter et l'ordre du phénix. Harry Potter aura 15 ans, puisqu'il gagne une année par tome. Deux autres tomes suivront ensuite.

Dès 1997, Warner Bros, filiale du groupe Time Warner, acquiert les droits d'adaptation de la série pour le cinéma. Puis Electronic Arts, éditeur de jeux vidéo, obtient auprès de Warner Bros les droits mondiaux sur la série, afin de développer des jeux pour PC et pour l'internet. Le film issu du premier tome est en préparation sous la direction de Chris Columbus, d'après un scénario de Steve Kloves. La sortie du film est prévue le 16 novembre 2001.

16.3. Trois auteurs de best-sellers prennent le risque du numérique

Stephen King aux Etats-Unis, Frederick Forsyth au Royaume-Uni et Arturo Pérez-Reverte en Espagne sont les premiers auteurs de best-sellers à se lancer dans l'édition numérique, sous le feu des critiques de tous ordres émanant des médias et de professionnels du livre qui préfèrent attendre que le modèle économique soit bien rodé pour se lancer.

Stephen King, maître du suspense, est le premier auteur à succès à distribuer une oeuvre uniquement sur l'internet. En mars 2000, sa nouvelle Riding The Bullet, une nouvelle assez volumineuse puisqu'elle fait 66 pages, provoque un véritable raz-de-marée lors de sa "sortie" sur le web. 400.000 exemplaires sont téléchargés en 24 heures sur les sites des libraires en ligne qui la vendent (au prix de 2,50 $US = 2,90 euros).

En juillet 2000, fort de cette expérience prometteuse, Stephen King décide de se passer des services de Simon & Schuster, son éditeur habituel. Il crée un site web spécifique pour permettre le téléchargement des différents chapitres, et commence l'auto-publication en épisodes de The Plant, un roman épistolaire qui raconte l'histoire d'une plante carnivore s'emparant d'une maison d'édition en lui promettant le succès commercial en échange de sacrifices humains. Le 24 juillet 2000, le premier chapitre est téléchargeable en plusieurs formats (PDF, OeB, HTML, texte, etc.) pour la somme de1 $US (1,16 euros), avec paiement différé ou paiement immédiat sur le site d'Amazon.com.

Sur son site, dans une lettre aux lecteurs, Stephen King raconte que ce premier chapitre lui a coûté la somme de 124.150 $US (144.250 euros) pour la création, le design et la publicité du site web, sans compter sa prestation en tant qu'écrivain et les services de son assistante. Il précise aussi que la publication des chapitres suivants est liée au paiement du premier chapitre par 75% des lecteurs au moins. "Mes amis, vous avez l'occasion de devenir le pire cauchemar des éditeurs, déclare-t-il. Comme vous voyez, c'est simple. Pas de cryptage assommant! Vous voulez imprimer l'histoire et en faire profiter un(e) ami(e)? Allez-y. Une seule condition: tout repose sur la confiance, tout simplement. C'est la seule solution. Je compte sur deux facteurs. Le premier est l'honnêteté. Prenez ce que bon vous semble et payez pour cela, dit le proverbe. Le second est que vous aimerez suffisamment l'histoire pour vouloir en lire davantage. Si vous le voulez vraiment, vous devez payer. Rappelez-vous: payez et l'histoire continue. Volez, et l'histoire s'arrête."

Le 31 juillet, le chapitre est téléchargé 152.132 fois avec paiement par 76% des lecteurs, dont certains ont tenu à payer davantage que le dollar demandé, parfois même jusqu'à 10 ou 20 $US (11,6 ou 23,2 euros), pour compenser le manque à gagner de ceux qui ne paieraient pas, et éviter ainsi que la série ne s'arrête. La barre des 75% est donc dépassée de peu, au grand soulagement des fans, si bien que le deuxième chapitre suit le 21 août.