Christian Vandendorpe, professeur et écrivain: "Cet outil fabuleux qu'est le web peut accélérer les échanges entre les êtres, permettant des collaborations à distance et un épanouissement culturel sans précédent. Mais cet espace est encore fragile. Il risque d'être confisqué par des juridictions nationales. Ou il peut être transformé en une gigantesque machine à sous au moyen de laquelle la quasi-totalité de nos activités entrerait dans le circuit économique et ferait l'objet d'une tarification minutée. On ne peut pas encore prédire dans quel sens il évoluera. Le phénomène Napster a contribué à un début de prise en main par les juges, qui tendent à imposer sur cet espace les conceptions en vigueur dans le monde physique. On pourrait ainsi en étouffer le potentiel d'innovation. Il existe cependant des signes encourageants, notamment dans le développement des liaisons de personne à personne et surtout dans l'immense effort accompli par des millions d'internautes partout au monde pour en faire une zone riche et vivante."
17.3. L'avenir du réseau vu par les diffuseurs de contenu
En juin 1998, Olivier Bogros, créateur de la Bibliothèque électronique de Lisieux, écrivait: "Internet est un outil formidable d'échange entre professsionnels (tout ce qui passe par le courrier électronique, les listes de diffusion et les forums) mais qui est un consommateur de temps très dangereux: on a vite fait si l'on n'y prend garde de divorcer et de mettre ses enfants à la DASS (Direction de l'aide sanitaire et sociale). Plus sérieusement, c'est pour les bibliothèques la possibilité d'élargir leur public en direction de toute la francophonie. Cela passe par la mise en ligne d'un contenu qui n'est pas seulement la mise en ligne du catalogue, mais aussi et surtout la constitution de véritables bibliothèques virtuelles. Les professionnels des bibliothèques sont les acteurs d'un enjeu important concernant la place de la langue française sur le réseau."
De l'avis de Marie-Aude Bourson, créatrice de Gloupsy, site littéraire faisant connaître de nouveaux auteurs, l'internet verra "une concentration des sites commerciaux mais une explosion des sites persos qui seront regroupés par communautés d'intérêt".
Denis Zwirn, PDG de Numilog: "Le développement attendu d'internet est une panacée qui possède suffisamment d'évidence pour ne pas y insister: il ne s'agit pas d'une mode, mais d'une révolution des moyens de communication qui présente des avantages objectifs tellement forts qu'on ne voit pas, sauf nouveau saut technologique inattendu, comment elle pourrait ne pas se répandre."
17.4. L'avenir du réseau vu par les gestionnaires
Pierre-Noël Favennec, expert à la direction scientifique de France Télécom R&D: "Le mariage des télécommunications et de l'informatique font de l'internet une technologie extrêmement puissante et très riche d'avenir. Mais l'internet n'est qu'une technologie, puissante certes, qui vient s'ajouter à celles existantes ; elle ne les remplace pas, elle apporte autre chose: de l'information potentielle supplémentaire, de la communication virtuelle où il n'y a plus de distance, un accès potentiel à de la culture venant de partout…"
Gérard Jean-François, directeur du centre de ressources informatiques de l'Université de Caen: "Pour l'avenir, les évolutions suivantes se précisent à l'horizon: les développements techniques pour la prise en compte des différents médias; la 'démocratisation' de l'internet, qui amènera la mise en place de réseaux professionnels; la multiplication des problèmes de sécurité liés à la dématérialisation de l'information."
Jean-Philippe Mouton, gérant de la société d'ingénierie Isayas: "Je pense que le développement et la maintenance de systèmes informatiques internet est une activité qui vient dans la continuité des systèmes MVS (multiple virtual storage) et client/serveur. De nouvelles sociétés sont créées pour répondre aux besoins informatiques récents des entreprises, alors que l'activité dans le domaine des vieux systèmes ralentit. La récession du net touche aujourd'hui en priorité les entreprises nouvelles de 'business online'. Internet n'a pas pour vocation véritable de créer de nouveaux commerces, c'est un moyen de communication, un nouvel outil marketing, la possibilité pour les entreprises d'avoir des franchises à moindre coût, une information accessible par l'ensemble de ses interlocuteurs… Je suis de ceux qui croient que les sociétés d'ingénierie risquent d'être moins touchées par le phénomène 'start-down' que d'autres dans ce domaine."
La conclusion de ce chapitre appartient à Pierre Schweitzer, architecte designer et concepteur d'@folio, support numérique de lecture nomade: "Internet pose une foule de questions et il faudra des années pour organiser des réponses, imaginer des solutions. L'état d'excitation et les soubresauts autour de la dite 'nouvelle' économie sont sans importance, c'est l'époque qui est passionnante."