Pas de stock, pas de contrainte physique de distribution, mais un lien direct avec le lecteur et entre les lecteurs. Sur le site, les internautes/lecteurs qui le souhaitent peuvent créer leur espace personnel pour y rédiger leurs commentaires, participer à des forums ou recommander des liens vers d’autres sites. Ils peuvent encore s’abonner à la lettre d’information pour être tenus au courant des nouveautés.
= La diffusion en ligne
Pour les livres et périodiques scientifiques et techniques, dans lesquels l’information la plus récente est primordiale, la numérisation conduit à repenser complètement la signification même de publication, et à s'orienter vers une diffusion en ligne qui rend beaucoup plus facile les actualisations régulières.
Les tirages papier restent toujours possibles à titre ponctuel. Des universités diffusent désormais des manuels "sur mesure" composés d’un choix de chapitres et d'articles sélectionnés dans une base de données, auxquels s'ajoutent les commentaires des professeurs. Pour un séminaire, un très petit tirage peut être effectué à la demande à partir de documents transmis par voie électronique à un imprimeur.
Pour la lecture de loisir, il reste toujours pratique d’avoir un livre ou un magazine imprimé pour lire sur son divan, dans son lit, au café, dans une salle d’attente, dans un train ou dans un avion. Mais, à terme, l’édition électronique se développera peut-être aussi dans ce domaine, en complément, à cause d’atouts spécifiques comme sa rapidité d’accès et son coût.
4.3. Les auteurs ont-ils encore besoin des éditeurs?
De l’avis général, l’internet renforce considérablement les relations entre les auteurs et les lecteurs. Grâce au web, les auteurs peuvent faire connaître directement leurs oeuvres, et le courrier électronique leur permet de discuter avec leurs lecteurs. En définitive, les auteurs ont-ils encore besoin des éditeurs?
Professeure de lettres, poète et peintre, Silvaine Arabo crée en mai 1997 le site Poésie d’hier et d’aujourd’hui. En juin 1998, elle relate: "Internet m'a mise en contact avec d'autres poètes, dont certains fort intéressants… Cela rompt le cercle de la solitude et permet d'échanger des idées. On se lance des défis aussi… Internet peut donc pousser à la créativité et relancer les motivations des poètes puisqu'ils savent qu'ils seront lus et pourront même, dans le meilleur des cas, correspondre avec leurs lecteurs et avoir les points de vue de ceux-ci sur leurs textes. Je ne vois personnellement que des aspects positifs à la promotion de la poésie par internet, tant pour le lecteur que pour le créateur." Son site devient rapidement une cyber-revue.
Ceci est tout aussi vrai pour les romans. Le quotidien Libération du 27 février 1998 donne l'exemple de Barry Beckham, romancier américain qui lance une formule originale pour diffuser son nouveau roman You Have a Friend: The Rise and Fall and Rise of the Chase Manhattan Bank. Ce roman a pour décor la grande banque Chase Manhattan, et ceci sur deux siècles, entre 1793 et 1995. Le sujet est inspiré par la vie professionnelle de l’auteur, qui est rédacteur dans le service des relations publiques de cette banque. Moyennant un abonnement de 9,95 dollars, le lecteur reçoit un épisode par courrier électronique tous les quinze jours pendant six mois. Barry Beckham inaugure ainsi la formule du roman-feuilleton sur le web, dans la lignée de Dostoïevski, Dumas et Dickens en d’autres temps. Sur son site (disparu depuis), Barry Beckham dit s’être inspiré de la démarche des feuilletonnistes du 19e siècle "pour atteindre des lecteurs à une époque où l'édition littéraire est dominée par des conglomérats obsédés par des titres ayant un fort potentiel commercial mais peu de substance intellectuelle".
Pour les auteurs de documentaires également, l’apport de l’internet est réel, comme en témoigne l’expérience d’Esther Dyson. Présidente d'EDventure Holdings, société spécialisée dans l’étude des technologies de l’information, elle fait partie du comité directeur de l’ Electronic Frontier Foundation (EFF). Depuis 1982, elle publie Release 1.0, lettre d’information mensuelle très prisée des spécialistes et souvent appelée la lettre intellectuelle du monde informatique. En 1997, elle publie aussi un livre: Release 2.0: A Design for Living in the Digital Age. Parallèlement à la publication simultanée de son livre par plusieurs éditeurs dans le monde (notamment Viking à Londres), Esther Dyson ouvre le site Release 2.0 (disparu depuis) pour dialoguer avec ses lecteurs et tirer parti de tous ces échanges dans une nouvelle édition de son livre. Dans ce cas précis, le site web se trouve être une étape intermédiaire entre deux publications imprimées.