Une bibliothèque numérique peut être aussi une bibliothèque d’images numérisées. La Bibliothèque municipale de Lyon par exemple décide de mettre sa collection d’enluminures sur le réseau. En 1998, cette collection numérique comprend 3.000 images. A terme, elle devrait comprendre plus de 10.000 images émanant de 200 manuscrits et incunables s’échelonnant du 5e siècle à la Renaissance. Le système utilisé est le SGBI (Système de gestion de banques d'images) créé par la Maison de l'Orient à Lyon, sous l’égide du CNRS (Centre national de la recherche scientifique) et de l’Université Lyon 2.

"Chaque document, signalé par son auteur, son titre et son siècle de réalisation, représente une entité, est-il expliqué sur le site web. Par un double clic sur l'entité choisie, on accède à un écran qui permet de feuilleter les images du document. Chaque écran peut comporter neuf imagettes, correspondant à des objets-images. Lorsque le document comporte davantage d'objets-images, des flèches permettent d'accéder aux objets-images suivants. Chaque objet-image peut comprendre plusieurs images, leur nombre étant indiqué sous chaque objet-image. Un double-clic sur une imagette permet de voir l'image agrandie. Dans une seconde étape, une interrogation multicritères sera possible."

Plus généralement, dans les bibliothèques d’images, le problème majeur reste le temps nécessaire au téléchargement de chaque image. Après avoir d’abord proposé des images en pleine page très agréables à l’oeil mais excessivement longues à apparaître à l’écran, de nombreux sites optent en 1998 pour des images de format réduit, avec possibilité de cliquer ou non sur ces images pour obtenir un format supérieur. Ce problème devrait être résolu à l’avenir avec l’internet à débit rapide, très attendu des iconographes, photographes et amateurs d’images.

7.3. Autres expériences pilotes

Dans le monde anglophone, une bibliothèque particulièrement dynamique est la Bibliothèque de l'UC Berkeley (UC: University of California), qui joint la théorie à la pratique dans son site SunSITE (financé en partie par Sun Microsystems), sur lequel elle monte ses collections et services numériques tout en procurant informations et conseils dans ce domaine.

Une autre expérience intéressante est celle de l’Internet Public Library (IPL), qui se définit comme la première bibliothèque publique de l’internet sur l’internet, à savoir une bibliothèque sélectionnant, organisant et cataloguant les ressources disponibles sur le réseau, et dont toute l’activité s’effectue sur le web. Créée en mars 1995 par l’Université du Michigan (Etats-Unis) dans le cadre de la School of Information and Library Studies (devenue ensuite: School of Information), cette bibliothèque publique d’un genre nouveau comprend en septembre 1998 un total de 20.166 documents catalogués et résumés. Elle recense la quasi-totalité des oeuvres du domaine public (en langue anglaise) librement disponibles en ligne, ainsi que les journaux et magazines.

A titre historique (déjà…), le site Library 2000 donne un condensé des recherches menées entre octobre 1995 et octobre 1997 par le MIT Laboratory for Computer Science (MIT signifiant: Massachusetts Institute of Technology). Pragmatique, le projet Library 2000 étudie pendant deux ans les problèmes posés par le stockage en ligne d’une très grande quantité de documents. Il développe un prototype utilisant la technologie et les configurations de systèmes économiquement viables en l’an 2000, grâce auquel plusieurs grandes bibliothèques numériques sont mises en ligne à compter de l’automne 1997.

Chose logique, en 1998, les bibliothèques numériques anglophones sont encore très largement majoritaires sur le réseau, puisque l’internet a d’abord débuté en Amérique du Nord avant de s’étendre à toute la planète. Les bibliothèques non anglophones progressent toutefois rapidement. Voici trois exemples parmi tant d'autres. Créé dans la lignée du Projet Gutenberg, le Projekt Gutenberg-DE comprend quelque 200 titres de littérature allemande et de littérature étrangère en allemand. Fondé en 1992 par Lysator, un club informatique d’étudiants, en collaboration avec la Linköping University Library (Suède), le Projet Runeberg regroupe 200 oeuvres appartenant à la littérature nordique. Quant à Liber Liber, bibliothèque numérique italienne, elle débute sa page d'accueil par cette maxime éloquente: "Nullus amicus magis liber quam liber."

La numérisation en cours de l'ensemble du patrimoine littéraire et scientifique offre d’immenses perspectives dans les différentes communautés linguistiques. Les perspectives sont tout aussi prometteuses pour les bibliothèques d’images, que celles-ci soient des enluminures, des gravures, des affiches, des cartes postales, des photos, des vidéos ou des films. "Qu’il me suffise, pour le moment, de redire la sentence classique: 'La bibliothèque est une sphère dont le centre véritable est un hexagone quelconque, et dont la circonférence est inaccessible.'" Cette citation de Jorge Luis Borges convient aussi à la bibliothèque numérique.

8. UNE SOCIETE DE L'INFORMATION?