En septembre 2000, les éditions 00h00 sont rachetées par Gemstar-TV Guide International, grosse société américaine spécialisée dans les produits et services numériques pour les médias. Quelques mois auparavant, en janvier 2000, Gemstar rachète les deux sociétés californiennes à l’origine des premiers modèles de livres électroniques (appareils de lecture), NuvoMedia, créatrice du Rocket eBook, et Softbook Press, créatrice du Softbook Reader. En rachetant 00h00, Gemstar accède au marché européen. Selon un communiqué de Henry Yuen, président de Gemstar, "les compétences éditoriales dont dispose 00h00 et les capacités d’innovation et de créativité dont elle a fait preuve sont les atouts nécessaires pour faire de Gemstar un acteur majeur du nouvel âge de l’édition numérique qui s’ouvre en Europe." La communauté francophone ne voit pas ce rachat d’un très bon oeil, la mondialisation de l’édition semblant justement peu compatible avec l’innovation et la créativité. Moins de trois ans plus tard, en juin 2003, 00h00 décide de cesser ses activités, tout comme la branche eBook de Gemstar, le livre numérique au format propriétaire étant désormais condamné au profit du livre numérique diffusé dans des formats "universels".
= Luc Pire électronique
En Belgique, le premier éditeur à s’intéresser au numérique est Luc Pire, maison d’édition créée en automne 1994, avec un siège à Bruxelles et un autre à Liège. Lancé en février 2001, Luc Pire électronique propose d’une part des versions numériques de titres déjà publiés chez Luc Pire, d’autre part de nouveaux titres, soit en version numérique seulement, soit en deux versions, numérique et imprimée. Nicolas Ancion, responsable éditorial de Luc Pire électronique, explique en avril 2001: "Ma fonction est d’une double nature: d’une part, imaginer des contenus pour l’édition numérique de demain et, d’autre part, trouver des sources de financement pour les développer. (…) Je supervise le contenu du site de la maison d’édition et je conçois les prochaines générations de textes publiés numériquement (mais pas exclusivement sur internet)."
Comment voit-il l’avenir? "L’édition électronique n’en est encore qu’à ses balbutiements. Nous sommes en pleine phase de recherche. Mais l’essentiel est déjà acquis: de nouveaux supports sont en train de voir le jour et cette apparition entraîne une redéfinition du métier d’éditeur. Auparavant, un éditeur pouvait se contenter d’imprimer des livres et de les distribuer. Même s’il s’en défendait parfois, il fabriquait avant tout des objets matériels (des livres). Désormais, le rôle de l’éditeur consiste à imaginer et mettre en forme des contenus, en collaboration avec des auteurs. Il ne fabrique plus des objets matériels, mais des contenus dématérialisés. Ces contenus sont ensuite 'matérialisés' sous différentes formes: livres papier, livres numériques, sites web, bases de données, brochures, CD-Rom, bornes interactives. Le département de 'production' d’un éditeur deviendrait plutôt un département d’'exploitation' des ressources. Le métier d’éditeur se révèle ainsi beaucoup plus riche et plus large. Il peut amener le livre et son contenu vers de nouveaux lieux, de nouveaux publics. C’est un véritable défi qui demande avant tout de l’imagination et de la souplesse."
3.2. Editeurs non commerciaux
De par la nature même du web, moyen de diffusion sans précédent, une place importante est désormais occupée par les éditeurs en ligne non commerciaux. Le pionnier Editel, qui voit le jour en avril 1995, est suivi de Diamedit en 1997, puis de La Grenouille Bleue en septembre 1999 (remplacé par Gloupsy.com en janvier 2001), et de quelques autres depuis. A ceux qui se demandent s’ils sont de véritables éditeurs, on rétorquera qu’ils le sont tout autant, sinon davantage, que nombre d’éditeurs commerciaux. Le but premier d’un éditeur n’est-il pas de découvrir et diffuser des auteurs? C’est ce qu’ils font. Fait qui mérite d’être signalé, de petits éditeurs commerciaux comme Le Choucas ont aussi des coups de coeur non commerciaux visant à faire connaître une œuvre sans souci de rentabilité commerciale. L’édition non commerciale est également très active dans le domaine universitaire, comme en témoigne le Net des études françaises.
= Editel
Dès avril 1995, Pierre François Gagnon, poète et essayiste québécois, décide d’utiliser le numérique pour la réception des textes, leur stockage et leur diffusion. Il crée Editel, site pionnier de l’édition littéraire francophone et premier site web d’auto-édition collective de langue française. Interviewé en juillet 2000, il raconte: "En fait, tout le monde et son père savent ou devraient savoir que le premier site d’édition en ligne commercial fut CyLibris (créé en août 1996 par Olivier Gainon, ndlr), précédé de loin lui-même, au printemps de 1995, par nul autre qu’Editel, le pionnier d’entre les pionniers du domaine, bien que nous fûmes confinés à l’action symbolique collective, faute d’avoir les moyens de déboucher jusqu’ici sur une formule de commerce en ligne vraiment viable et abordable (…). Nous sommes actuellement trois mousquetaires (Pierre François Gagnon, Jacques Massacrier et Mostafa Benhamza, ndlr) à développer le contenu original et inédit du webzine littéraire qui continuera de servir de façade d’animation gratuite, offerte personnellement par les auteurs maison à leur lectorat, à d’éventuelles activités d’édition en ligne payantes, dès que possible au point de vue technico-financier. Est-il encore réaliste de rêver à la démocratie économique?"
= Diamedit
En 1997, deux ans après la mise en ligne d'Editel, Jacky Minier crée Diamedit, site français de promotion d’inédits artistiques et littéraires. "J’ai imaginé ce site d’édition virtuelle il y a maintenant plusieurs années, à l’aube de l’ère internautique francophone, relate-t-il en octobre 2000. A l’époque, il n’y avait aucun site de ce genre sur la toile à l’exception du site québécois Editel de Pierre François Gagnon. J’avais alors écrit un roman et quelques nouvelles que j’aurais aimé publier mais, le système français d’édition classique papier étant ce qu’il est, frileux et à la remorque de l’Audimat, il est devenu de plus en plus difficile de faire connaître son travail lorsqu’on n’est pas déjà connu médiatiquement. J’ai donc imaginé d’utiliser le web pour faire la promotion d’auteurs inconnus qui, comme moi, avaient envie d’être lus. Diamedit est fait pour les inédits. Rien que des inédits. Pour encourager avant tout la création. Je suis, comme beaucoup de pionniers du net sans doute, autodidacte et multiforme. A la fois informaticien, écrivain, auteur de contenus, webmestre, graphiste au besoin, lecteur, correcteur pour les tapuscrits des autres, et commercial, tout à la fois. Mon activité est donc un mélange de ces diverses facettes."