Depuis vingt ans sinon plus, les personnes handicapées visuelles écoutent des livres sur bande magnétique ou sur cassettes, enregistrés au fil des ans par des centaines de bénévoles. Depuis une dizaine d’années, elles peuvent aussi se procurer en librairie des livres audio sur cassettes et sur CD-Rom. Fait récent, les technologies numériques permettent désormais de convertir automatiquement un document numérique en "voix" grâce à la synthèse vocale. Un logiciel de synthèse vocale devrait d’ailleurs être intégré aux outils informatiques standard de demain, tout comme un logiciel de traduction automatique.

Si les techniques de synthèse vocale s’améliorent, de l’avis de certains, rien ne remplace une vraie voix, c’est-à-dire une voix humaine, moins parfaite peut-être, mais vivante, avec des nuances, des intonations, des inflexions, etc. Or de nombreux organismes disposent d’enregistrements réalisés en analogique (sur bande magnétique et sur cassette) par des bénévoles. La numérisation de tous ces enregistrements permettrait de les utiliser non seulement dans la communauté desservie mais partout ailleurs. D’une part chaque organisme pourrait accroître ses collections de manière exponentielle, d’autre part de nouvelles bibliothèques audio pourraient être créées à moindre coût, notamment dans les pays en développement.

De nombreux spécialistes décident d’unir leurs forces pour oeuvrer en commun. Ils fondent en mai 1996 le DAISY Consortium (DAISY: Digital Audio Information System), un consortium international chargé d’assurer la transition entre le livre audio analogique et le livre audionumérique. Sa tâche est immense: définir une norme internationale, déterminer les conditions de production, d’échange et d’utilisation du livre audionumérique, organiser la numérisation du matériel audio à l’échelle mondiale. Les activités du consortium comprennent entre autres la définition de normes de spécification de fichiers à partir de celles du World Wide Web Consortium (W3C), la conception de logiciels de conversion des bandes son analogiques en bandes son numériques, la gestion d’ensemble de la production, l’échange de livres audionumériques entre bibliothèques, la définition d’une loi internationale du droit d’auteur pour les personnes atteintes de déficience visuelle, la protection des documents soumis au droit d’auteur, et enfin la promotion de la norme DAISY à l’échelle mondiale.

La norme DAISY se base sur le format DTB (digital talking book), qui permet l’indexation du livre audio et l’ajout de signets pour une navigation facile au niveau du paragraphe, de la page ou du chapitre. Une fois téléchargé dans l’ordinateur de l’usager, le texte électronique stocké dans le fichier DAISY peut être lu sur synthèse vocale. Au printemps 2003, il existe près de 41.000 livres audionumériques répondant à cette norme.

= L’écoute et la lecture

Même si les documents audio ont une importance qu’il ne faut pas négliger, une enquête menée en 2000 et 2001 sur l’accessibilité du web aux aveugles et malvoyants montre la nécessité d’une véritable sensibilisation des voyants au fait que les personnes handicapées visuelles ont elles aussi droit à deux modes de connaissance - la lecture et l’écoute - tout comme les voyants (pour lire l’ensemble des réponses, lancer la requête "aveugles" dans la base interactive des Entretiens). Si les professionnels du livre interrogés suggèrent presque tous la généralisation des documents audio, beaucoup ne savent pas qu’il est désormais possible de convertir un texte électronique en braille numérique. Pourquoi les aveugles devraient-ils se limiter à l’écoute, alors que le développement du numérique leur ouvre enfin largement accès à la lecture?

Ce dernier point est souligné par Richard Chotin, professeur à l’Ecole supérieure des affaires (ESA) de Lille, qui se réjouit des progrès réalisés dans ce domaine. "Ma fille vient d’obtenir la deuxième place à l’agrégation de lettres modernes, écrit-il en mai 2001. Un de ses amis a obtenu la maîtrise de conférence en droit et un autre a soutenu sa thèse de doctorat en droit également. Outre l’aspect performance, cela prouve au moins que, si les aveugles étaient réellement aidés (tous les aveugles n’ont évidemment pas la chance d’avoir un père qui peut passer du temps et consacrer de l’argent) par des méthodes plus actives dans la lecture des documents (obligation d’obtenir en braille ce qui existe en "voyant" notamment), le handicap pourrait presque disparaître."

Datée de mai 2001, la directive 2001/29/CE de la Commission européenne sur "l’harmonisation de certains aspects du droit d’auteur et des droits voisins dans la société de l’information" insiste dans son article 43 sur la nécessité pour les Etats membres d’adopter "toutes les mesures qui conviennent pour favoriser l’accès aux oeuvres pour les personnes souffrant d’un handicap qui les empêche d’utiliser les oeuvres elles-mêmes, en tenant plus particulièrement compte des formats accessibles" Il reste à appliquer cet article à large échelle.

Il faut signaler aussi dans ce domaine le travail inlassable de l’association Handicapzéro, dont le but est d’améliorer l’autonomie des personnes handicapées visuelles, à savoir plus de 10% de la population francophone. En France par exemple, une personne sur mille est aveugle, une personne sur cent est malvoyante, et une personne sur deux a des problèmes de vue. Mis en ligne en septembre 2000, le site web de l’association devient rapidement le site adapté le plus visité de France, avec 10.000 requêtes mensuelles.

En février 2003, l'association lance un portail offrant en accès libre l’information nationale et internationale en temps réel (en partenariat avec l’Agence France-Presse), l’actualité sportive (avec L’Equipe), les programmes de télévision (avec Télérama), la météo (avec Météo France) et un moteur de recherche (avec Google). Le portail propose aussi toute une gamme de services dans les domaines de la santé, de l’emploi, de la consommation, des loisirs, des sports et de la téléphonie.