Le web est aussi une formidable aventure. Selon les termes mêmes de Tim Berners-Lee, son inventeur, «le rêve derrière le web est un espace d’information commun dans lequel nous communiquons en partageant l’information. Son universalité est essentielle, à savoir le fait qu’un lien hypertexte puisse pointer sur quoi que ce soit, quelque chose de personnel, de local ou de global, aussi bien une ébauche qu’une réalisation très sophistiquée. Deuxième partie de ce rêve, le web deviendrait d'une utilisation tellement courante qu'il serait un miroir réaliste (sinon la principale incarnation) de la manière dont nous travaillons, jouons et nouons des relations sociales. Une fois que ces interactions seraient en ligne, nous pourrions utiliser nos ordinateurs pour nous aider à les analyser, donner un sens à ce que nous faisons, et voir comment chacun trouve sa place et comment nous pouvons mieux travailler ensemble.» (extrait de son essai The World Wide Web: A very short personal history (Le World Wide Web: une très courte histoire personnelle), daté d'avril 1998)
Quinze ans après la création du web, le magazine Wired constate dans son numéro d'août 2005 que «moins de la moitié du web est commercial, le reste fonctionne avec la passion». Quant à l'internet, d'après le quotidien Le Monde du 19 août 2005, «ses trois pouvoirs – l'ubiquité, la variété et l'interactivité - rendent son potentiel d'usages quasi infini».
Le futur sera-t-il le cyberespace décrit en 1994 par Timothy Leary, philosophe, dans son livre Chaos et cyberculture? «Toute l’information du monde est à l’intérieur [NDLR: de gigantesques bases de données]. Et grâce au cyberespace, tout le monde peut y avoir accès. Tous les signaux humains contenus jusque-là dans les livres ont été numérisés. Ils sont enregistrés et disponibles dans ces banques de données, sans compter tous les tableaux, tous les films, toutes les émissions de télé, tout, absolument tout.»
Nous n'en sommes pas encore là. Mais, en 2010, sur les 30 millions de livres du domaine public présents dans les bibliothèques (sans compter les différentes éditions), 10 millions de livres seraient déjà librement disponibles sur l'internet.
Libraire, éditeur puis consultant en édition électronique, Nicolas Pewny voit «le livre numérique du futur comme un "ouvrage total" réunissant textes, sons, images, vidéo, interactivité: une nouvelle manière de concevoir et d’écrire et de lire, peut-être sur un livre unique, sans cesse renouvelable, qui contiendrait tout ce qu’on a lu, unique et multiple compagnon».
Si nous avons maintenant Gallica, le Projet Gutenberg, l'Internet Archive et Google Books pour lire des livres, Wikipédia pour nous documenter et Facebook et Twitter pour communiquer, un point particulièrement intéressant semble être la possibilité – encore à l'étude – de la traduction simultanée du même livre dans de nombreuses langues, même si la traduction automatique reste encore à améliorer.
Rien ne remplacera une traduction par un traducteur littéraire professionnel, bien sûr, mais ce serait un premier pas pour ceux qui souhaiteraient découvrir de nouvelles oeuvres sans en connaître la langue, avant de recruter ensuite un traducteur littéraire professionnel pour proposer une traduction de qualité. C'est aussi l'assurance d'un vaste débat sur les avantages et les limites de la traduction automatique, un débat entamé dans les années 1990 et qui n'est pas prêt d'être clos.
Sans nul doute, nous continuerons à vivre des années passionnantes, qui ne seront pas seulement marquées par l'iPad et ses successeurs ou encore le (véritable) papier électronique enfin sorti des éprouvettes des chercheurs, mais qui verront aussi une imbrication plus grande des technologies du livre avec celles des langues, un sujet auquel l'auteure pense désormais se consacrer.
Mais, qu'il soit un volume imprimé ou un fichier numérique, le livre est d’abord un ensemble de mots émanant d’une personne voulant communiquer ses pensées, ses sentiments ou son savoir à large échelle. Souvent appelé le père de l'internet parce que co-inventeur en 1974 des protocoles du réseau, Vinton Cerf aime à rappeler que l'internet relie moins des ordinateurs que des personnes et des idées. Ce fut le cas pour ce livre. Merci à tous - professionnels du livre et apparentés - pour leur participation, pour leur temps et pour leur amitié.