Bakayoko Bourahima est responsable de la bibliothèque de l’ENSEA (École nationale supérieure de statistique et d’économie appliquée) d'Abidjan, en Côte d’Ivoire. Il écrit en juillet 2000: «Pour nous les Africains francophones, le diktat de l’anglais sur la toile représente pour la masse un double handicap d’accès aux ressources du réseau. Il y a d’abord le problème de l’alphabétisation qui est loin d’être résolu et que l’internet va poser avec beaucoup plus d’acuité, ensuite se pose le problème de la maîtrise d’une seconde langue étrangère et son adéquation à l’environnement culturel. (…) Nos systèmes éducatifs ont déjà beaucoup de mal à optimiser leurs performances, en raison, selon certains spécialistes, des contraintes de l’utilisation du français comme langue de formation de base. Il est donc de plus en plus question de recourir aux langues vernaculaires pour les formations de base, pour "désenclaver" l’école en Afrique et l’impliquer au mieux dans la valorisation des ressources humaines. Comment faire? Je pense qu’il n’y a pas de chance pour nous de faire prévaloir une quelconque exception culturelle sur la toile, ce qui serait de nature tout à fait grégaire. Il faut donc que les différents blocs linguistiques s’investissent beaucoup plus dans la promotion de leur accès à la toile, sans oublier leurs différentes spécificités internes.»

Bruno Didier, webmestre de la bibliothèque de l’Institut Pasteur, écrit en août 1999: «Internet n’est une propriété ni nationale, ni linguistique. C’est un vecteur de culture, et le premier support de la culture, c’est la langue. Plus il y a de langues représentées dans leur diversité, plus il y aura de cultures sur internet. Je ne pense pas qu’il faille justement céder à la tentation systématique de traduire ses pages dans une langue plus ou moins universelle. Les échanges culturels passent par la volonté de se mettre à la portée de celui vers qui on souhaite aller. Et cet effort passe par l’appréhension de sa langue. Bien entendu c’est très utopique comme propos. Concrètement, lorsque je fais de la veille, je peste dès que je rencontre des sites norvégiens ou brésiliens sans un minimum d’anglais.»

Alain Bron, consultant en systèmes d’information et écrivain, explique en novembre 1999: «Il y aura encore pendant longtemps l'usage de langues différentes et tant mieux pour le droit à la différence. Le risque est bien entendu l'envahissement d'une langue au détriment des autres, donc l'aplanissement culturel. Je pense que des services en ligne vont petit à petit se créer pour pallier cette difficulté. Tout d'abord, des traducteurs pourront traduire et commenter des textes à la demande, et surtout les sites de grande fréquentation vont investir dans des versions en langues différentes, comme le fait l'industrie audiovisuelle.»

Luc dall'Armellina, co-auteur et webmestre d’oVosite, un espace d’écriture hypermédia, écrit en juin 2000: «L'anglais s'impose sans doute parce qu'il est devenu la langue commerciale d'échange généralisée; il semble important que toutes les langues puissent continuer à être représentées parce que chacune d'elle est porteuse d'une vision "singulière" du monde. La traduction simultanée (proposée par AltaVista par exemple) ou les versions multilingues d'un même contenu me semblent aujourd'hui les meilleures réponses au danger de pensée unique que représenterait une seule langue d'échange. Peut-être appartient-il aux éditeurs des systèmes d'exploitation (ou de navigateurs?) de proposer des solutions de traduction partielle, avec toutes les limites connues des systèmes automatiques de traduction…»

En été 2000, 50% des usagers de l'internet sont non anglophones. Le cap des 50% étant désormais franchi, il reste à diversifier les langues sur une toile dont 78% des pages sont encore en anglais.

2000 > ENCYCLOPÉDIES ET DICTIONNAIRES EN LIGNE

[Résumé] Les premières encyclopédies de référence disponibles sur le web émanent de versions imprimées. C’est aussi le cas des dictionnaires en ligne. WebEncyclo est mis en ligne par les éditions Atlas en décembre 1999 avec accès libre et gratuit, tout comme l’Encyclopaedia Universalis, mais avec accès payant. Le site Britannica.com est lui aussi mis en ligne à la même date pour proposer le contenu des 32 volumes de l’Encyclopaedia Britannica, d’abord en accès libre puis en accès payant. Les premiers dictionnaires de référence en ligne émanent eux aussi de versions imprimées. Le Dictionnaire universel francophone en ligne des éditions Hachette est disponible en accès libre dès 1997. Les 20 volumes de l'Oxford English Dictionary (OED) sont mis en ligne en mars 2000 avec accès payant. Conçu directement pour le web, le Grand dictionnaire terminologique (GDT) est mis en ligne en septembre 2000 avec accès libre et gratuit.

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Les premières encyclopédies de référence disponibles sur le web émanent de versions imprimées. C’est aussi le cas des dictionnaires en ligne.

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