Me souvenant de mes grands-pères, l'un navigateur au long cours, l'autre libraire en Périgord, et constatant que j'étais obligée de visiter une quinzaine de librairies avant de trouver la moindre documentation sur un pays aussi proche que la Grèce, une "librairie de voyage" s'est imposée à mon esprit entre Colombo et Surabaya, au cours d'un tour du monde.
De retour à Paris - j'habitais déjà l'Île Saint-Louis - je cherche un local, me renseigne sur le métier de libraire, fais des stages, prépare des fiches et cherche un nom pour cette future entreprise.
Un matin, en allant chercher le journal, je lève le nez sur la librairie "Ulysse", référence à Joyce, au 35 de la rue Saint-Louis-en- l'Île. "Voilà un nom!", me dis -je. Je gravis les deux marches et entre dans cette boutique de 16m2 à poutre unique. Quatre types jouent au poker. "Elle est mignonne votre librairie, " [dis-je]. "Elle est à vendre", me rétorque l’un des joueurs sans lever le nez. 48 heures après, j'étais libraire. C'était en septembre 1971. La première librairie spécialisée dans les voyages au monde était née.
Vingt ans plus tard, victime de la promotion immobilière comme beaucoup, j'ai dû déménager. Fort heureusement, mon côté entêté - je suis taureau ascendant taureau - m'a permis de transporter la librairie à quelques mètres dans un local plus vaste, 26 rue Saint-Louis-en- l'Île, dans un immeuble peu anodin puisque c'est non seulement là où j'ai commencé par habiter dans l'Île Saint-Louis mais aussi parce que, anciennement succursale de banque, ce local fut le théâtre du très célèbre casse de Spaggiari.»
# En 1999
À la fois libraire et grande voyageuse - elle continue de voyager tous les étés pendant que son compagnon tient la librairie - Catherine est membre du Syndicat national de la librairie ancienne et moderne (SLAM), du Club des explorateurs et du Club international des grands voyageurs. Elle navigue souvent sur la Méditerranée, l’Atlantique ou le Pacifique.
Début 1999, elle décide de se lancer dans un voyage autrement plus ingrat, virtuel cette fois, à savoir la réalisation d’un site web en autodidacte alors que ses connaissances en informatique sont très sommaires.
Elle raconte fin 1999 lors d’un entretien par courriel: «Mon site est embryonnaire et en construction. Il se veut à l’image de ma librairie, un lieu de rencontre avant d’être un lieu commercial. Il sera toujours en perpétuel devenir! Internet me prend la tête, me bouffe mon temps et ne me rapporte presque rien, mais cela ne m’ennuie pas… »
Elle est toutefois pessimiste sur l’avenir des librairies comme la sienne. «Internet tue les librairies spécialisées. En attendant d’être dévorée, je l’utilise comme un moyen d’attirer les clients chez moi, et aussi de trouver des livres pour ceux qui n’ont pas encore internet chez eux! Mais j’ai peu d’espoir…»
# En 2005